Après avoir revendu vos cadeaux minables sur Internet, souri avec une gêne évidente en découvrant la jolie parure de stylos et le portefeuille offert par tata Simone, vous vous muez désormais en renard des surfaces fauchés sur la toile pour dégoter en huitième démarque la dernière paire d’espadrilles en daim, le bonnet fluo au pompon démesuré ou le slim que vous ne pourrez enfiler que si vous vous coupiez les parties génitales. Vous avez été courageux. Alors ouvrez bien vos yeux, le What The Funk Crew vous fait en ce début d’année 2014, le plus beau cadeau jamais fait à des internautes depuis la création de l’Internet et même depuis le Minitel : le retour de sa tribune mensuelle. Une tribune pleine de chroniques de disques rigoureusement sélectionnés. Pleine de mauvais esprit et en même temps de bon goût.

 

 

Si vous tapez « Bolts » dans un moteur de recherche, c’est que vous cherchez des vis pour fixer les étagères sur lesquelles vous poserez vos vinyls. Mais si vous rajoutez « Collecting Dust », vous tomberez sur l’EP du jeune producteur anglais Luke Bolton, moitié de Almighty Sion, duo beats music qu’il forme avec le rouquin irlandais SertOne. L’EP, sorti sur le label Original Cultures de l’ami Laurent Fintoni et ses potes, rassemble des tracks produits ces dernières années et que le beatmaker n’avait jamais sorti, se satisfaisant des litres de baves laissés par le public à l’écoute des morceaux pendant ses djs sets et laissant en plan les addicts de Shazam. C’est donc en redresseur de torts qu’Original Cultures a réunit ces instrumentaux funk – hip hop ultra efficace dans un même écrin. Alors, laissez tomber le bricolage et rendez-vous sur les Internets.

Avec le bien nommé Invasion EP, le duo de beatmakers Modo & Ugly Mac Beer vient réveiller en sursaut les tontons endormis sur la table de Noël encore pleine de bouteilles. Beats nerveux, boucles agitées, seuls Mike Ladd et The Real Fake MC, décidément bien téméraires, tentent de venir dompter deux de ces 6 titres complètement sous caféine. Paye ton western, ton policier ou ton film avec un requin qui fait peur parce que les ambiances cinématiques 60’s-70’s sont au programme. Et comme ça n’est qu’un EP, on restera vigilant sur la sortie de l’album.

Chez What The Funk, les brass band on connaît bien. Que ce soit Hot 8 Brass Band, Youngblood Brass Band ou encore Hypnotic Brass Ensemble (qui n’est techniquement pas une fanfare puisque pas de saxophone bande d’ignards), tous sont passés au moins une fois sur la scène de notre résidence, et ce, juste avant que ce soit la grande mode. Il est vrai que le Soul Rebels Brass Band ne déroge pas à la règle : huit reunois de la Nouvelle Orléans qui soufflent comme des tarés dans des instruments à vent pour reprendre des tubes que tout dj qui se refuserait de jouer, même si la demande vient d’une petite bouffonne à forte poitrine qui se serait trompée de soirée. Mais quitte à succomber à nos « guilty pleasures », autant que ce soit fait par des pros…

Après avoir salopé à la bombe le moindre recoins à Paris en tant que Dirty Dezer (il y a longtemps), la vieille racaille de DJ Marrrtin et son label Stereophonk sévissent aujourd’hui du coté de Rennes. Sa spécialité : attendre tranquillement que les B-Boys les plus aguerris lui demandent grâce tant ils se sont épuisés à danser sur ses mixs ; son hobby : compter le nombre de fois où ses prods figurent sur les vidéos des plus grandes battle de danse au monde. En ce début d’année, Marrrtin nous offre en téléchargement gratuit 16 remixes de morceaux hip hop, soul ou electro pop réalisés par quelques uns de ses poulains au sein du label : Funky Bijou, Ajax Tow ou encore Gop. A l’arrivée, ça fait transpirer et c’est bien (déodorant non compris).

DJ Suspect et Doc TMK, lâché comme ça, ça fait un peu duo de marabouts de Château Rouge. Avec cette paire là, la tendance est cool. Pas de BPM qui tournent dans le rouge, pas de samples découpés selon les pointillés dans un vieux hit de variété connu de tous, pas de synthés gluants. Que des prods taillées avec des outils sortis de la préhistoire rapologique : des platines, du vinyle, de la MPC. Ca donne des beats qui sentent encore un peu la sueur, des basses bien rondes, des prods sous trithérapie soul-jazz-funk et une place de choix redonnée au scratch. Les invités s’éclatent sur leurs 16 et les nostalgiques des J5, du golden age New-Yorkais, de Large Professor et compagnie feront avec Giving Space To The Sun, un retour rapide sur leur walkman. Direction les 90’s.

C’est anglais et c’est sur Tru Thoughts : Harleighblu est la bonne surprise de l’année. On parle ici de soul féminine résolument moderne même si certains titres aux cuivres proéminents lorgnent vers le côté vintage de la force. Avec ses faux-airs (par moments) de Macy Gray et sans être révolutionnaire, Forget Me Not est une enfilade de bons titres. Et, surtout, un premier album plus que réussi.

Jusque là connu pour être l’un des producteurs français en beats music les plus prolifiques du game, Fulgeance fait désormais bosser ses potes. On pourrait le traiter de salaud si ce n’était pas fait avec talent et minutie. C’est le cas cette fois-ci avec une poignée de remixes de morceaux tirés de son avant-dernier album « Step Thru » sorti en 2012 (le dernier en date « Cubes » est toujours disponible). Au bout du fouet du beatmaker Caennais, on retrouve le jeune Vect, talentueux touche-à-tout venu de Toulouse, le duo Funky Bijou, composé de DJ Marrrtin et DJ Deheb, le Slovène Oknai, et le dubber Parisien Moresounds. Pour info, la version 45 tours est en rupture de stock. Alors, vous pouvez toujours vous précipiter chez votre disquaire. Quel salaud ce Fulgeance !

A Detroit, Doc iLLingsworth est surement le mec dans une soirée qui met l’ambiance, déconnant avec tout le monde. On le soupçonnerait même de faire les oreilles de lapin aux obsédés des selfies. Là où il faut le prendre au sérieux, c’est quand il se met à faire de la musique. Rectification, sachant qu’il est l’un des MCs du groupe hip hop Detroit CYDI, c’est plutôt au micro qu’il pourrait ambiancer les soirées les plus nulles à chier. L’EP « Flakes » est pourtant loin de cette image mondaine. Inspiré du calme blanc de la neige, la rythmique des titres qui le composent combinent des sons totalement contrastées pour faire des mélodies accrocheuses. 20 minutes de détente en guise d’after d’une soirée passée avec ce trublion.

Après une escapade dans l’italo disco et l’electro des années 80 avec son projet Venice Beach, le taulier du label Trad Vibe Records a déposé la moustache, les cotillons et la sauce bolognaise pour revenir à ces premiers amours. Avec l’EP « Diggin », c’est le boogie qui est à l’honneur. Comme souvent, on apprécie et on danse sur les sons du producteur qui est revenu vivre à Nantes pour le beurre blanc du muscadet, la mâche, le tourton et la fouace. On n’a juste qu’un souhait, c’est qu’il y reste pour nous faire kiffer.

On termine en crachant sur tout ce qui bouge en une quarantaine de titres répartis sur deux albums : Punk 45 : Kill The Hippies ! Kill Yourself ! The American Nation Destroys Its Young – Underground Punk In The US 1973-80 et (on reprend son souffle, ça va être long aussi à lire) Punk 45 : There Is No Such Thing As Society. Get A Job, Get A Car, Get A Bed, Get Drunk ! Underground Punk in The UK 1977-81. On vient de passer du coq à l’âne, c’est bien de punk dont il s’agit. Venu d’Amérique et d’Angleterre, c’est marqué dessus. Underground comme son nom l’indique. Sans compromis commercial ni artistique, du basse-batterie-guitare-hargne fait avec les moyens du bord donc souvent très brutal et sans polissage. Les mecs prétendaient ne pas avoir de futur, sauf finalement celui d’être redécouvert et toujours écouté plus de 30 ans après. Un documentaire audio en deux rounds accompagné de The Singles Cover Art Of Punk 1976-80, pavé de 400 pages reprenant quelques belles pochettes du genre, photos de rondelles de 45trs, le tout farci d’interviews et d’articles de fond. Tout ça sort chez Soul Jazz Records, label plutôt habitué au reggae, et peut être vendu séparément. Mais si avec ça personne ne devient anarchiste, c’est à n’y plus rien comprendre…

Site

La tribune mensuelle What The Funk sur 90bpm, c’est le mélange de produits très inflammables : le Funky French President Soulist, le couteau Suisse Freeworker, le polémiste des Internets Muzul et l’illusioniste Boris Tingry.

On revient le mois prochain et on ne sait toujours pas si c’est bien pour vous…

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