Un peu de retard pour la livraison de cette nouvelle What The Funk Invasion, c’est vrai.

Pour combler le manque suscité et pour attendre patiemment le mois suivant, ce mois sera double. Au sommaire un Africain en interview, des Indonésiens sous acides, des Ivoiriens du dancefloor, des chinois de Marseille et des palmes et des masques. Un numéro double avec un poster au milieu que tu pourras décrocher pour le mettre sur le mur de ta chambre !

 
 
What The Funk : « Invasion #5 »
 

« L’Indonésie, en forme longue la République d’Indonésie, en indonésien Indonesia et Republik Indonesia, est un pays transcontinental d’Asie du Sud-Est et d’Océanie. Avec plus de 17 500 îles, il s’agit du plus grand archipel au monde. Avec une population estimée à 240 millions de personnes, il s’agit du 4e pays le plus peuplé du monde et le 1er pays à majorité musulmane pour le nombre de croyants. L’Indonésie est une république démocratique et laïque dont la capitale est Jakarta ». Ouais. A priori, l’Indonésie n’est pas vraiment le premier pays qui vient à l’esprit quand on parle rock progressif et psychédélisme sous acides. Now Again démontre le contraire avec cet étonnant Those Shocking Shaking Days : Indonesian Hard, Psychedelic, Progressive Rock and Funk 1970-1978, la preuve en vingt titres queles hippies et autres défoncés anglo-saxons n’avaient pas le monopole du trip musical, de la guitare disto qui chignole le tympan et du chant lyrico-planant. Avec en prime de dangereuses incursions dans le funk et la soul avec force cuivres et rythmiques aux basses sur-groovy. Qualité irréprochable et surtout, tout le contraire de ce que le pitch pouvait laisser craindre : une compile juste bonne à ranger au rayon “bizarreries du monde” entre du death metal Chilien et de la bourrée Pakistanaise …

 

Quand on parle funk, en revanche, l’Afrique est toujours bien placée et la Côte d’Ivoire encore plus. Grâce à la qualité des ses enregistrements, ce pays d’Afrique de l’Ouest est devenu un label de qualité chez les débusqueurs de galettes enfouies. Est-ce ce critère qui a déterminé la ligne directrice d’Ivory Coast Soul (Hot Casa Records) ? On ne sait. Le potentiel frétillant et ondulatoire de la sélection a certainement sa part de responsabilité dans l’affaire. C’est même assurément le critère numéro un. En numéro deux vient la diversité. Car si l’Ivoirien est parfois resté l’artisan qui vendait son traditionnel enrichi de quelques éléments des plus funky, il est aussi allé jusqu’à la grande distribution à fond dans les synthés, les basses slappées et les cuivres trop polis. On n’est bien sur pas obligé de suivre le tracklisting à la lettre comme dans un magasin de meubles en kit Suédois, et l’on peut directement sauter quelques rayons pour aller directement à l’espace gros œuvre. Là où l’on trouve des Ali Ibrahim, des Gougouma, des Jean Guehi et des Okoi Seka qui rendent le tout assez séduisant pour ne pas se laisser freiner par deux ou trois errements disco.

 

Royal Commander du graffiti, Grand Chambellan du Funk Rare, Phillip Lehman a mis de côté ses fat caps et ses baguettes pour enfiler sa combinaison d’homme grenouille et nous emmener dans l’exploration sous marine de grottes d’Amérique du Sud avec Cave Diving (Aquavista Films). On n’est pas là pour voir deux coraux et trois poissons en gros plans mais d’hallucinants paysages noyés sous des millions de litres d’eau. Des cathédrales de roche et de stalactites qui ne révèlent qu’après des passages au chausse-pied dans des corridors oppressants. La première plongée est au Mexique avec en musique d’habillage, quelques tracks de garage-funk par JD & The Evil Dynamite Band, groupe produit par Lehman himself du temps du label Soulfire. Attention, DVD pouvant occasionner des crises de claustrophobie et des sensations d’oppression même vautré dans son canapé ! Volume deux à venir : la République Dominicaine.

 

Hot Casa Records – Myspace 

 
 
What The Funk : « Invasion #5 »
 

On appelle ça la jurisprudence « Mulatu Astatké ». Un jour, un Africain qui possède la science de l’arrangement et dont les tiroirs débordent de titres intemporels est redécouvert par les bonnes grâces de quelques collectionneurs et/ou patrons de label (ici Strut). Des titres de parfois 40 ans n’ont pas pris une ride alors, après les avoirs redistribués aux oreilles des goinfres de groove, on remet le griot funky dans le sens de la marche. Comme il n’a jamais arrêté de jouer et de composer même quand la lumière était éteinte, il repart au quart de tour épaulé par un crew de jeunots à la fois là pour apprendre et pour infuser son jus. Le Ghanéen Ebo Taylor est de ceux-là.

 
 

Love & Death est votre premier album depuis 20 ans, où étiez-vous pendant toutes ces années ?

J’ai essentiellement joué pour la scène locale et j’ai aussi enregistré des titres qui sont devenus très populaires en Angleterre. Miles Cleret de Soundway qui est un grand collectionneur d’afrobeat m’a un jour contacté et m’a proposé de compiler ces titres, ce que j’ai accepté de faire. Il s’agissait de titres restés plus ou moins inconnus y compris au Ghana. C’était quelque chose de trop funky pour les Ghanéens qui préfèrent le Highlife. L’Afro Beat Academy, un groupe de Berlin est ensuite venu me voir chez moi au Ghana il y a trois ou quatre ans et m’ont dit qu’ils jouaient certains de mes titres comme « Heaven », qui a depuis été samplé par Usher. Ils m’ont invité à un de leurs concerts où je suis monté sur scène faire un morceau avec eux. Quelque temps après, Ben le saxophone, m’a à nouveau invité pour faire une session d’enregistrement mais à Berlin cette fois et le problème c’est qu’il n’avait absolument aucun budget. Un ami à moi est donc intervenu auprès du bureau des affaires étrangères de l’ambassade Ghanéenne pour qu’ils financent mon voyage en Allemagne. Les membres d’Afro Beat Academy apprécient réellement la musique africaine et ça a vraiment été une bonne expérience de travailler avec eux.

 

Mais ça n’est pas à proprement parlé un « nouvel » album…

J’avais déjà trois chansons qui dataient de 1975, enregistrées avec le groupe avec lequel je travaillais au Ghana : Love & Death, Victory et Obra. Des morceaux plutôt jazzy mais sur Love & Death, si tu écoutes les congas, c’est beaucoup plus Afrobeat et Highlife. Obra avec son arrangement de cuivres regarde plus du côté de Charlie Parker. Pareil pour les cuivres de Love & Death qui sont beaucoup plus classiques. J’ai pris ces morceaux pour leur orientation jazz et je les ai joués comme je les jouais à l’époque. Les lignes de cuivres sont exactement les mêmes par exemple. Quand on a commencé l’enregistrement, j’ai écrit 5 titres de plus. J’étais retourné au Ghana quand ils m’ont appelé pour que je vienne signer un contrat avec le label.

 

Le titre de votre album, Love & Death, sonne comme du heavy metal !

C’est surtout une mise en garde à l’adresse des jeunes hommes, qu’ils prennent garde, l’amour peut aussi mener au désastre. Jusqu’à la mort parfois, c’est pour ça que j’ai mis beaucoup d’emphase sur ce morceau, pour en faire quelque chose de très émotionnel. Mais je ne vois pas pourquoi tu veux que ce soit un morceau de heavy metal !

 

A cause du titre ! Mais c’est surtout que je me suis laissé dire que vous étiez fan de Black Sabbath et de Deep Purple.

C’est vrai, de Blood Sweat & Tears aussi. Mais de toute façon, le rock est un composant de l’afrobeat. J’étais partisan de mettre plus de jazz dedans, mais je me suis rendu compte que c’était plus intéressant de s’inspirer de musiciens comme Ritchie Blackmore pour enrichir ma musique. Le funk est plus associé au Highlife que ne l’est le jazz. Le jazz c’est « chiiiichiiichiiichiii », le funk c’est plus « poumpoum-tak-poumpoumpoum-tak ! ». C’est ça qui te fait penser au heavy metal, je suis content que tu l’aies reconnu dans ma musique.

 

Vous êtes guitariste pourtant votre album n’est pas noyé de solo. Les cuivres sont beaucoup plus présents.

Exact, les cuivres sont vraiment ce qui m’intéresse le plus. J’ai fait beaucoup de compostions et d’arrangements pour des groupes Ghanéens, c’est quelque chose que j’aime.

 

J’ai remarqué que les musiciens qui faisaient de l’Afrobeat disaient souvent qu’ils perpétuaient l’œuvre de Fela et non pas qu’ils jouaient la même musique que lui…

C’est un héritage. Charlie Parker est à l’origine du be-bop et quand il est mort, Miles Davis et John Coltrane ont repris le flambeau. Mais l’afrobeat est né au Ghana dans les années 70 où on jouait de l’afro-funk. Le funk était partout au Ghana. Beaucoup de musiciens au Ghana ont enregistré du Highlife mais aussi de l’afrobeat et de l’afro-funk.

La mort de Fela a laissé un vide que je voulais moi aussi remplir. Tony Allen joue de l’afrobeat, les fils de Fela également mais moi je voulais aller plus profond. J’ai rencontré Fela dans un club de Highlife de Londres et on est devenus amis. J’allais souvent chez lui mais ensuite il a commencé à avoir des problèmes. Il ne pouvait pas s’empêcher de s’attirer des ennuis, mais en même temps il combattait pour ses droits. Il était toujours en confrontation avec les autorités, moi j’ai ôté tout ce côté-là pour ne parler que de l’amour et de la mort, de la vie, des traditions. Je n’ai jamais été dans la critique du pouvoir ou des autorités.

 

Qu’est ce que vous pensez du travail de labels comme Soundway par exemple qui exhument des titres complètement inconnus de musiciens africains qui le sont souvent eux aussi ?

J’espère que ça va continuer ! Ça nous permet d’être encore là et ça nous ouvre le marché ! Je regrette simplement que tous les musiciens qui ont joué Love & Death à l’origine soient tous morts. Certains sont morts de faim, d’autres dans la misère, moi j’ai survécu par ce que j’ai connu un certain succès. Mais c’est une bonne chose pour la musique africaine. Ça attire beaucoup de musiciens européens qui la développent et qui nous permettent d’avoir de la reconnaissance et de vendre des disques. Il y a plus de gens en Europe qui sont intéressés par la musique africaine et ça nous permet d’avoir une meilleure audience qu’on en aurait en restant en ne jouant qu’en Afrique.

 

Ça permet aussi de redécouvrir des trésors oubliés…

Il y a encore beaucoup de matières enfouies, à redécouvrir et à rejouer. Je suis moi-même retourné fouiller dans mes propres archives et je me suis aperçu que j’avais pas mal de titres qui pourraient être réenregistrés. Je suis assez content d’avoir ces trésors ! C’est comme ça que vous les appelez non ?! Je suis peut-être vieux mais je compte bien faire encore deux ou trois choses avant de mourir !

 

Ebo Taylor – Life Stories : Highlife & Afrobeat Classics 1973 – 1980 (Strut Records – 2011)

 

Propos recueillis par Muzul, Soulist, et Freeworker aka Le Dictaphone Virevoltant

Merci à Charles Provost de H.I.M Médias

 
 
What The Funk : « Invasion #5 »
 
 
Chinese Man
album Racing With The Sun by High Ku, Ze Mateo & Sly – avril 2011
 
Raashan Ahmad
album For What You’ve Got– février 2011
 
Remi Domost
album Remi Domost by Ugly Mac Beer – décembre 2010
 
 
What The Funk : « Invasion #5 »
 

Inner Life – Caught Up (John Morales The M+M Mixes Vol.2 – BBE 2011)

Le sorcier et producteur des années 70 nous offre ici une seconde leçon d’histoire de la musique électonique chez BBE. Avec en ouverture ce brillant remix d’Inner Life.

 
74 Miles Away – Neverending Rhodes (74 Miles Away – MPM 2011)

Collaboration entre le pianiste – compositeur jazz belge Pierre Anckaert et le producteur Monkey Robot (aka Infinitskills). Anckaert a composé et enregistré 4 titres de jazz électrique et les a complètement retravaillé avec les chanteurs Ahu (présent aussi sur le premier album de Flying Lotus), Carina Andersson et Miles Bonny. Nevending Rhodes vous transporte et ne lâche pas, une bonne alchimie, assez rare, entre le Jazz et l’electro.

 

Blackjoy – Jump Stomp & Twist Rerub (Supra Records – 2010)

Le Label Parisien Supra ouvre sort ses max en digital. Un track sorti en 2010 par le talentueux Blackjoy. Une merveille electro-disco à danser sans Fin.

 

Debruit – Medzé (Sis Sürpriz EP – Civil Music 2011)

Notre titre coup de cœur figurant sur cet énième EP encore très réussi du « zulu blanc ». Bénéficiant déjà d’un fort succès d’estimen 2011 sera résolument son année !

 

Radek Azul Band – Drive In (Things You (don’t) Know – Q Sounds 2011)

Tuerie jazz-funk de 7 minutes, ovni dans un album de soul 60’s par ailleurs grandement conseillé.

 

Les Frères Smith – La Marche des Smith (Contreband Mentality – Comet 2011)

La carte de visite des Smith jusqu’alors uniquement disponible en 45trs crâne désormais sur le double vinyle des Frangins explosivement afro-beat.

 
Afro Latin Vintage Orchestra – TNT (Ayodegi – Underdog Records)

Tout est dans l’intitulé…

 

Juhani – Iso Hiutale (Häkälöylyt – Timmion Records)

Dur d’exporter un album finlandais au nom imprononçable mais le groove est là, un mélange intéressant de blaxploitation et de western.

 

Mr President – Left And Right (Number One – Favorite Records – 2011)

Mr President ou Patchworks, deux noms pour un seul musicien – producteur surdoué qui sort enfin son album après des maxis dantesques.

 
 


What The Funk : « Invasion #5 »
 

05/05 : Edit#002 avec MDCL, Seiji, Soulist & Nick V au Rex Club

30/05 : Soulist en première partie de Slum Village au Batofar

02/06 : What The Favela Chic à la Favela Chic

11/06 : Mr Bongo Sound System + Soulist (What The Funk #86) au Nouveau Casino

23/06 : Souleance aux Nuits Sonores à Lyon

08/07 : Souleance au Worldwide Festival à Sète

 
 
 
WHAT THE FUNK CREW ? WHO THE FUCK ARE THEY ?!!
 
Soulist

On en sait peu sur lui, hormis ce fait étrange constaté par des anthropologues : dans des contrées reculées, les hommes se passent des flyers de ses soirées sur la tête pour s’assurer un cheveu dru et luisant. A eu un enfant avec Fulgeance.

 

Freeworker

Togolais d’origine Araméenne, plusieurs fois champion de Lucha Libre. Appelé aussi l’Enfant à la Voix d’Or, ses plus beaux mails d’excuses sont régulièrement lus dans des cafés hype Parisiens (liste contre une enveloppe timbrée).

 

Future Basics Radio Show – Facebook 

Future Basics Radio Show

 
Muzul

Né à l’âge de 8 ans, a passé les meilleures années de sa vie dans des geôles de Djakarta où il rédigea son best-seller : « Quelles merdes ! », poignant recueil de chroniques musicales. Déverse fiel et amertume sur simple demande (tarifs dégressifs et prix de groupe).

 

Boris T

Recherché dans 24 états d’Amérique pour vol de couleurs, Boris quitte Jean Paul Goude en 1983 pour se consacrer à son œuvre magistrale « Liking The Motorhead Mustache Is Not A crime ». Aperçu pour la dernière fois dans une soirée disco dans les années 90 …

 
 

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