Vendredi dernier, le rouleau compresseur indé européen Pias tonnait le départ d’un week-end marathon à Bruxelles – ville qui a vu naître le label il y a 31 ans cette année. Le premier soir de ces Pias Nites était placé sous le signe de la musique électronique, le second sous celui du rock. Inaugurées par des valeurs sûres comme Agoria, Dr Lektulov, Kavinsky, Popof, The Magician, aux jeunes pousses pleines de promesses Brown and Gammon, Rone… Il suffisait de murmurer le line-up aux spécialistes autour de soi pour imaginer le dance floor s’embraser… Mais… Mais… Mais…

Vendredi soir, les esprits sont échauffés, les jeunes filles apprêtées et les guerriers affutés. Le long du Canal, on voit des files de clubbers avancer quasi religieusement vers les imposantes bâtisses de Tour & Taxi. L’ambiance tangue vers le post-industriel. Le pèlerinage rappelle d’autres bonnes cérémonies, dans des registres différents, au moment où l’on dépasse le Magasin 4, haut lieu des soirées rock’n roll de la capitale européenne. Le parking, la foule et un peu, puis beaucoup, puis finalement du sponsoring partout. Merci la banque, merci la junk food, merci la bière, merci les autos tamponneuses… Première critique d’un noctambule « on a pas payé si cher nos entrées pour se manger de la pub tous les 10 pas. »


Un poil reuch cousin

Cette remarque reviendra souvent. De l’avis général, il règne une certaine disproportion entre les tarifs de l’entrée, des boissons, de la nourriture et les enseignes omniprésentes.  Pourquoi une telle fête à neuneu aux tarifs si élevés si tout est financé ? Les salles dans lesquelles se produisent les artistes sont reliées par un immense « marché du temple », sorte de Grand Place de la consommation où aucune activité n’est épargnée par le marketing. De la pissotière aux chaises longues. Mais nous ne sommes pas venus pour cela n’est-ce pas ? Revenons en à nos fader.

Rien ne nous arrêtera. Et si le placement de produit gagne ce genre de soirée, le DJ, lui n’a plus qu’à sauver nos nuits. D’emblée on remarque un bel effort de fait au niveau de la sonorisation. Les ingénieurs du son n’en sont pas à leurs premières armes et ce qui passe pour un blockhaus aux fréquences indomptables, se transforme d’un coup de baguette Mackie en un lieu ou aucune fréquence n’est épargnée. Tant mieux, de quoi hanter la piste, les mirettes reliées aux mixettes. C’est parti, non, c’est party !


Mega dancing Vol.8

Les sets s’enchaînent, dans l’automatisme des jours de non fête. Personne ne joue sur le registre sur lequel on l’attend. Tous sont en dessous du niveau espéré et même si les affinités vont vers tel ou tel producteur, on s’attendait franchement à mieux. On en vient à se demander si la consigne n’est pas de copier/coller l’esprit musical des méga dancings qui bordent la frontière française. Ou de celui des autos tamponneuses qui jouxtent ce temple déceptif. Les prestations sont convenues, affligeantes de banalité, le DJ est loin, comme placé sur un mirador et le résultat c’est que les immenses salles désemplissent à mesure que le dance floor tiédit.

Dès les premières heures de la nuit, on sent comme une lassitude, les rois de la piste font place aux rôdeurs à la Walking Dead qui ne bougeront plus qu’à peine, machinalement, abandonnés par différents gourous qui ne se pignolent plus que pour eux-mêmes. De vieux tubes résonnent au loin, ils ne feront pas leur effet, très vite plus personne n’y croit. L’aube approche. On reste dans l’ambiance tuning avec une dernière dance des taxis qui vident les tours. On marche une dernière fois sur des gobelets vides, on jette un ultime coup d’œil aux panneaux publicitaires, fiers et encore pimpants. Ce sont les héros de la soirée. C’est eux que nous sommes venus voir. Ils ont gagné. Gageons que la prochaine fois, la musique prendra sa revanche.


Ooilli & Ouaane Toux
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