Au bout de cinq ans, si tu devais présenter Smallville, ta définition aurait changé ?
Jacques Bon :
bah écoute en cinq ans, le label a réussi à se construire une identité reconnaissable aussi bien graphique que musicale et c'est la force du label. Après, même si on s'élargit vers de nouvelles directions, ça reste très "Smallville", on ne se perd pas donc notre public se retrouve toujours dans nos sorties et ouais le définition reste la même.

Et du coup vous arrivez à renouveler les rangs du label ou alors se tenir à une même ligne artistique vous rend super exigeants ?
Jacques Bon :
on reçoit beaucoup de promos, c'est vrai qu'on ne peut pas tout écouter, ça reste un petit label de potes, l'humain joue beaucoup donc on privilégie les gens qu'on connaît. Si un artiste qu'on aime nous envoie une démo et qu'on adhère, on va le sortir. Je pense à Thomas Melchior par exemple. Ou Move D. Mais ils sont déjà proches de Lawrence. Naturellement on reste fidèle à la ligne du label en fait.


C'est quoi le constat après cinq ans à tenir une boutique de disques ? Le public Parisien répond bien à la musique que vous proposez ?
Jacques Bon :
ouais ça c'est génial, le public répond de mieux en mieux. Je vois de plus en plus de personnes chercher des EPs épuisés, qui demandent quand ils seront représsés, les gens s'intéressent de plus en plus en fait. Et puis en cinq ans je vois vraiment le nombre de mes clients augmenter et ça m'a vraiment conforté dans l'idée d'ouvrir une plus grosse boutique.

Et c'est ce qu'il y a d'étonnant dans ton discours, d'ailleurs. Sur France Inter, tu disais que le vinyle revient, c'est vrai (le CD perd 4%, le digital en gagne 15 et le vinyle a grimpé de 16%, ce qui ne représente que la bagatelle de 1,5% des bénéfices en droit d'auteur d'un artiste). Donc tu ressens ce nouvel attrait pour le vinyle ?
Jacques Bon :
ouais ouais. C'est vrai que l'on sort d'une période affreuse où l'on ne consommait que du MP3 et c'est en train de changer. Quand on a ouvert la boutique on était en plein là dedans donc on s'est fait à l'idée qu'il fallait absolument vendre des disques d'une autre manière que celle dont on avait l'habitude. Mais c’est vrai que la vague du MP3 est passée et on observe une nouvelle clientèle qui ne souhaite pas tomber dans la masse de ce que l’on trouve sur Internet et souhaite se trouver une identité via le vinyle. On retrouve une démarche que l’on a perdu les cinq dernières années à cause du MP3 mais ça revient, les gens ne se contentent plus de ce qu’ils trouvent sur Internet. C’est encourageant et ça me rend optimiste de voir cette nouvelle génération s'intéresser au vinyle.

Le vinyle, le collectionner, ça (re)devient chic en fait ?
Jacques Bon :
il y a un intérêt réel pour le vinyle. Je crois qu’on en marre de la dématérialisation, on souhaite avoir un objet. Après, moi j’ai commencé il y a cinq ans, quand la courbe était au plus bas et du coup on a appris immédiatement à vendre différemment pour équilibrer avec cette crise. Mais le public s'intéresse à nouveau au vinyle, c’est certain. C’est peut-être cyclique comme comportement mais le vinyle a survécu au CD, il survit au MP3… Il propose quelque chose qu’on ne pourra pas remplacer avec du MP3 : la pochette, le son…


 


Tu te souviens du sticker “MP3 is killing the record industry” ? Symbole de la situation, maintenant on voit apparaitre des stickers “Vinyl is killing the MP3 industry”…
Jacques Bon :
ouais je les ai vus. Des labels comme Playhouse ou Workshop en avaient fait des pochettes de disques et des t-shirts. Mais tu vois je pense qu’au final les deux se servent. Combien de clients ont acheté un vinyle parce qu’ils avaient l’album en MP3 ? C’est certain, ça m’a apporté beaucoup de nouveaux clients le MP3. Même chez Smallville, je le vois, la découverte d’un album en MP3 fait que beaucoup concrétisent par un achat.




Mais ce qui est curieux c’est que ton discours va un peu dans le sens inverse de ce que beaucoup de disquaires avancent. Ce qui paraissait être risqué autrefois, c’est à dire ne vendre qu’un pan de la musique, être disquaire spécialisé, n’est pas un atout finalement aujourd’hui ?
Jacques Bon :
oui c’est un atout parce qu’on s’est crée une clientèle qui nous fait confiance et qui sait qu’elle va trouver ce qu’elle cherche chez nous. Après je trouve ça aussi intéressant de se diversifier. Mais je pense que le but d’un disquaire c’est d’avoir une sélection pointue et une identité, que la clientèle sache ce qu’elle va trouver. Mais j’aimerais bien me diversifier malgré tout.

Et tu ne considères pas ça comme risqué ? En terme de positionnement, vous ne seriez plus uniquement un disquaire dans l’éléctro.
Jacques Bon :
mais les racines de l’électronique sont partout. On peut créer des liens avec beaucoup de styles et rester cohérent. C’est un peu dommage de se fermer complètement. Après c’est compliqué de rester pointu dans tous les styles finalement.

Mais pour revenir au MP3 et aux droits d’auteur plus exactement, tu as une idée d’un modèle à adopter ? En tant que DJs, producteur ou disquaire, tu as du te poser la question.
Jacques Bon :
ouais ouais, j’ai des idées. Disons qu’il faut aller prendre l’argent là où il est et je vois que les synchros, la pub, peuvent-être une source de financement.

Beaucoup le font déjà, certains sont même assez connus, ils ont d’ailleurs souvent un pseudonyme à la SACEM pour récupérer les droits d’auteurs issus de la synchro.
Jacques Bon :
alors je parle pas forcément de composer pour la pub. Plus simplement, il y a beaucoup d’artistes qui pourraient parfaitement atterrir dans une pub et bénéficier de ces budgets là. L’industrie est en crise et je pense à une solution qui rendrait la situation plus agréable pour tout le monde. Mais je ne suis pas pour que la musique ou l’art en général soit systématiquement associé au marketing. Dans l’idéal, j’aimerais que l’art se vende par lui-même mais bon… la réalité est tout autre et du coup il ne faut pas nécessairement cracher dessus et tenter de s’en servir à bon escient. Tant que ça ne dénature pas ou ça ne salit pas l’œuvre, il y a de l’argent à prendre. Après, je ne prétends pas avoir trouvé la solution. J’y réfléchis. Et puis la musique électronique est encore jeune, enfin son succès populaire, peut-être que lorsque les goûts seront plus éduqués…

Oui et ils évoluent déjà, quand tu vois le succès de la Concrete par exemple, chaque after est sold out en deux minutes sur Internet alors que les line-up sont osbscurissimes pour le grand public. Cette musique a du succès et ça va se traduire très rapidement financièrement, son public va devenir une cible comme une autre et l'électronique va se faire une bonne place dans la pub.
Jacques Bon :
c’est très subjectif comme idée mais je me dis que beaucoup d’argent est dépensé n’importe comment pour de la musique inintéressante et d’un autre côté beaucoup d’artistes mériteraient d’en bénéficier. Mais les mentalités évoluent et on commence à voir l’électronique comme une musique à part entière et pas seulement comme une bande-son pour boire en club.



Et il n'y a pas que les mentalités qui évoluent. Tu as du voir le documentaire Resident Advisor sur Paris. La scène et la création Parisienne redeviennent attractives. Du point de vue du disquaire, du DJ ou du producteur comment vois-tu les choses évoluées ?

Jacques Bon : c'est clair que ça redevient très intéressant. Il y a un engouement nouveau qui va de pair avec une nouvelle génération. Et puis les gens collaborent, les réseaux s'ouvrent et ça c'est une force. Après la french touch, il y a eu un vide. Et l'essor allemand de la dernière décennie est finalement arrivé ici, c'est un peu facile de le résumer ainsi mais on s'est interrogé sur l'attrait de Berlin et on a essayé de le développer à Paris, un moment en copiant et après en utilisant juste la même énergie et en le faisant à notre façon. Et puis ça restera plus difficile d'installer la même chose à Paris, la France est plus conservatrice par plein d'aspects et Berlin a connu une période "déghéttoïsation" dans l'après-mur qui a favorisé l'essor de cette scène. Mais à Paris, l'envie est là et on arrive aussi à trouver le public, il faut juste trouver le moyen de le rendre curieux, trouver des justes milieux entre des vétérans ou des noms connus et des mecs qui montent. C'est ce que je fais en tant que disquaire aussi, un client me demande le LP d'un mec connu, j'ai toujours tendance à lui conseiller d'écouter un artiste un peu plus confidentiel. On pousse à la découverte. Et puis l'histoire du vinyle dont nous parlions tout à l'heure, on sent une analogie dans le processus des jeunes producteurs, de plus en plus ils s'intéressent à l'analogique très tôt, il y a un retour aux origines. Je crois qu'on arrive à la fin d'un cycle, tout simplement, marre du MP3, du digital et on veut du vinyle ou de l'analogique. Je ne crache pas sur le software, en tant que producteur, ça apporte plein de solutions mais je sens une envie de retour aux origines.

 
 

Allez c'est l'heure de la question naïve, comme tu as bien connu les trois, c'est quoi le mieux : Berlin, Hambourg ou paris ?

Jacques Bon : Moi je préfère Hambourg à Berlin. J'y ai vécu quatre ans, je trouve la scène musicale tout aussi intéressante, foisonnante, même s'il y a moins de soirées, c'est vrai. Mais il y a une dimension qui me correspond plus, Hambourg a une sorte de petit village où j'habitais, où tout le monde se connaît plus ou moins et dont Smallville était un peu l'épicentre. C'est très foisonnant artistiquement. Après j'adore Berlin, mais j'aime y passer quelques jours, je ne me vois pas y vivre. Et puis Paris, ça fait cinq ans que ça redevient génial et mes racines sont ici mais ce que j'ai vécu là bas, les liens que j'ai tissé, je ne les perdrais pas.

 
 

Chose intéressante en Allemagne et qui n'existe que très peu ailleurs, chaque ville à son propre son. Il a le son de Berlin, de Cologne, de Hambourg, de Dusseldorf… C'est une force pour la culture d'un pays

Jacques Bon : je pense que c'est parce qu'en France on a longtemps centralisé. À Leipzig aussi il y a une scène intéressante avec des labels comme Kann. Même s'il se passe des choses intéressantes dans le reste de la France, type l'iBoat de Bordeaux ou les festivals, Astropolis, les Nuits Sonores, je regrette que ça soit autant éclaté et qu'on aie autant centralisé à Paris. La France y perd.

 
 


Et sinon en 2013, qu'est ce qu'il faut attendre de Smallville ?

Jacques Bon : très prochainement Lawrence sort deux titres et il va y a avoir une compil où je devrais sortir un morceau avec Christopher Rau et… après rien de sûr mais on a plein de projets.

 
 

Et sinon c'est quoi le conseil de Jacques Le Disquaire en ce moment ?

Jacques Bon : il y a le DJ que l'on fait jouer samedi à La Machine, DJ Sotofett, il vient de Sex Tags Mania, ça va de la disoc à la techno, c'est assez sale, brute, pas très loin d'Omar S ou du label L.I.E.S. Sinon pour rester chez les Scandinaves, les dernières sorties du label Suédois Börft me plaisent beaucoup aussi.

 
 

Retrouvez Jacques avec une fine équipe (Juniper, Virgo Four, Omar S et DJ Sotofett) vendredi à La Machine.

 

Des places à gagner ici.

 

Et pour retrouver Jacques sur son lieu de travail et recevoir les conseils que vous ne retrouverez nulle part ailleurs, c'est désormais ici :

 

SMALLVILLE RECORDS PARIS

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75010 PARIS

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TEL : 00 33 9 83 24 04 88

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