Père Cleret, raconte nous ton histoire.


Question Wikipédia pour commencer. Tu peux nous dire comment Soundway est né ?
Miles : Ouais. C’était il  y a  dix ans, j’étais au Ghana, dans une maison où j’écoutais beaucoup de musique locale des 60’s et 70’s et je me suis dit qu’il fallait en faire une compilation. Donc je suis rentré en Angleterre, j’en ai parlé à plusieurs labels et je me suis très vite aperçu que si je devais faire cette compilation de la manière dont je voulais la faire, il fallait que je monte mon propre label. Donc j’ai emprunté de l’argent à mon beau-père et je me suis lancé.

Et à titre plus personnel comment toi, tu es devenu le digger que l’on connaît ?
Miles : Mon père en était un, j’ai grandi dans une maison pleine de musique. Et il avait l’habitude de m’emmener avec lui chez les disquaires, dans des boutiques de secondes mains et partout où il pouvait trouver des vinyles donc j’ai commencé à collecter des albums depuis que je suis adolescent. Très rapidement, j’ai commencé à passer des disques puis je me suis mis à faire des mixtapes et là j’ai rencontré des passionnés tout naturellement. Donc nous étions un groupe de passionnés qui nous échangions des bons tuyaux, nous essayions de nous impressionner mutuellement et ça nous a poussé à trouver toujours plus de perles.

Miles Cleret (Soundway)


Maintenant avec l’Internet et les blogs, tout le monde peut devenir un mini-digger, on trouve des choses très précises sur Internet. Comment ton rôle a évolué dans ce contexte ?

Miles : Eh bien, on peut dire que ça facilite ma tache dans une certaine mesure. C’est plutôt ironique en fait (il rigole, ndlr), parce si ça facilite les trouvailles, évidemment, ça entrave beaucoup mes ventes, je ne peux plus vendre de la musique comme je le faisais auparavant. Donc, oui c’est plus simple que jamais de rester en contact avec beaucoup de gens, via Twitter ou Facebook, quand on a commencé il y a dix ans, rien de tout ça n’existait et on se débrouillait avec des mailings-lists, des choses du genre donc… Oui on peut dire que ça m’a facilité la tâche.


Mais comme tu viens de le dire Internet fait diminuer grandement les ventes de disques, donc qu’est-ce qui entretient ta motivation pour trouver des choses rares et les vendre ?
Miles : La passion pour la musique je pense. J’ai grandi avec la volonté de dégoter l’inédit, la nouveauté, le truc que personne n’a jamais entendu. Je suis comme ça depuis toujours, j’ai besoin d’écouter de la nouveauté, de manger quelque chose de nouveau, de découvrir un endroit où je ne me suis jamais rendu… Donc c’est cette passion pour la nouveauté qui te conserve motivé à trouver, avant toute chose.


Et tu as le sentiment que tu as affaire au même type de passionnés qu’avant?
Miles : Je suis pas sûr. En fait, je n’ai pas tellement moyen de le savoir. J’espère qu’il s’agit du plus jeune au plus vieux et qu’ils viennent de tous pays confondus. Je pense que ce qui a vraiment changé c’est qu’avant nous avions surtout un public venant du Soul Jazz et que aujourd’hui ça s’est énormément diversifié. Par exemple, désormais, les amoureux de musiques africaines ne viennent plus seulement du jazz mais aussi de la pop indée ou de l’électronique. Ça c’est assez excitant je dois dire, de voir ces barrières tomber et assister à la constitution d’une nouvelle audience.

Qu’est ce que tu ressens quand tu entends quelqu’un sampler un morceau que tu as trouvé?
Miles :  Eh bien, je ne crois pas tellement à tout ce truc de “je digg donc j’ai trouvé tel morceau”. Je trouve ça hyper romantisé comme vision. Les auteurs de ces titres devraient se sentir bien plus fiers que moi parce que ce sont eux les responsables. Moi je ne m'occupe que de la réédition, je ne suis qu’un intermédiaire voulant que ces artistes reçoivent toute l’attention méritée. Donc c’est très romantique de penser que des gens qui trouvent des choses sont les héros de l’histoire. “Trouver”. Qu’est ce que ça veut dire que “trouver” ? Que la musique “trouvée” n’est pas nouvelle, qu’elle était là avant. Donc je suis fier dans la mesure où je vois des gens écouter cette musique aujourd’hui après des années de disparition mais la fierté revient vraiment aux artistes qui en sont les auteurs.


C’est très humble de ta part de dire ça.
Miles : Mais je le pense sincèrement.

Avec la crise du disque, tout devient de plus en plus digital, on arrive à une ère du “tout-MP3”. Du coup, comment vois-tu l’avenir du digging dans ces circonstances ?
Miles : Tu vois, encore une fois je vais te dire que toute cette histoire de digging est hyper romantisée. Il ne s’agit que de sortir de la musique, aussi inédite soit-elle et de l’utiliser en tant que DJ, collectionneur ou pour des mixtapes… Je pense que les gens voudront toujours collectionner des raretés et les rendre disponibles et c’est tout ce dont il s’agit. Pour le moment la majorité des gens qui achètent des disques sont l’Amérique Du Nord, l’Europe, le Japon mais ce que l’on voit en ce moment c’est que des gens du Brésil, de la Colombie, de Chine, d’Inde, d’Afrique Du Sud… commencent à stocker et collectionner enormément de musique digitale parce qu’ils n’avaient pas les moyens d’acheter des disques avant ou d’en avoir l’accès. Tout ça est en train de chambouler la donne et de plus en plus de gens sur Terre peuvent acheter et collectionner. Tu vois, il doit y avoir en Inde ou en Chine des adolescents qui n’ont jamais entendu de Studio One ou de Fela Kuti, donc il y a tout un tas de gens sur Terre qui n’ont pas encore eu accès à ce type de musique et comme la population mondiale va en augmentant, je ne suis pas inquiet, il y a encore de la matière et des gens à qui la transmettre. Et logiquement, ces gens là deviennent de plus en plus érudits musicalement donc ils ont envie d’en savoir plus, d’en découvrir encore. La demande est plus forte et le MP3 permet de la satisfaire et de l’enrichir.



Tu vas bientôt produire un set à Paris, tu sais déjà ce que tu vas passer ? Une idée de ce que les Français aiment particulièrement entendre dans ton catalogue ?
Miles: Eh bien, d’ordinaire, lorsque je collectionne de la musique, elle vient de partout mais dans mes sets j’aime particulièrement la musique tropicale a tempo très rapide comme de la musique colombienne des 70’s avec laquel je peux enchainer sur l’éléctro-cumbia moderne d’Argentine ou de Colombie et de la disco du Nigéria… Il faut que ça soit de la dance tropicale avec un tempo assez élévé. Mais ça peut venir de n’importe où et de n’importe quelle époque à partir des 50’s.

Miles Cleret (Soundway)

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