Autant magazine Challenge que Jean-Pierre Pernaut, nous vous proposons le portrait d'un businessman succesfull d'aujourd'hui chez qui le savoir-faire de l'artisanat d'antan a toujours cours. Sauf que nous sommes à Berlin et que K7 déploie ses ventes à l'international depuis 27 ans. Rencontre avec l'heureux géniteur d'un presque trentenaire accompli.  


 

Ma première question est surement un peu naïve mais comment prononce t-on le nom du label ?

Horst : "Kay Seven"

 

 

Je m'en doutais. Tout le monde en France l'appelle K7 ("cassette")  ce qui signifie quelque chose, du coup beaucoup pense que ça à rapport aux cassettes. Je voulais clarifier d'entrée ce problème franco-français.

Horst : Si tu veux connaitre l'Histoire complète, le label s'appelle ainsi parce que notre première adresse se situait à Kaiserdamm 7, à Berlin ouest.


Horst Weidenmuller (K7 CEO)

 

 

Rentrons dans le vif du sujet : quelle était l'ambition à cette époque ?

Horst : C'était de capturer de la belle musique et de l'amener au plus de monde possible, tout simplement. A l'origine, nous procédions en faisant des documentaires de concerts, aujourd'hui ça passe par un travail de label.

 

 

Et quel est le constat après 27 ans à la tête de K7 ? Tu as le sentiment d'avoir rempli le cahier des charges ?

Horst : Je pense bien que oui ! Nous avons complétement atteint nos objectifs, parfois nous les avons même dépassés tandis que d'autres fois nous n'étions pas à la hauteur de nos ambitions. Quand tu gères un label, tu es fatalement passionné par la musique, la créativité et tu as toujours envie de trouver de nouvelles choses. Il arrive que tu parviennes à la transmettre à un paquet de gens, ce qui s'appelle "le succès" et parfois c'est l'inverse, c'est ce qu'on appelle un "échec". Mais dans un sens, tu fais ce métier parce que tu as une vision et ton boulot c'est de la mettre sur le marché. Je pense que par le passé, nous avons eu de la chance et nous avons été souvent couronnés de succès. Même s'il est arrivé que nous connaissions des phases moins prospères.

 




En 27 ans, j'imagine que tu as dû assister à un paquet de changement dans l'industrie. Quels sont les principaux, ceux qui t'ont marqués ?

Horst : Eh bien, tu vois, dans un sens, assez peu de choses ont changés. Ce qui n'a pas changé depuis les 80's c'est que lorsque tu réussis à fasciner l'auditeur avec ta musique, il est prêt à s'engager vraiment auprès de l'artiste. Ce qui a vraiment changé, c'est ce qu'ils sont prêts à payer pour cet engagement. Dans le temps, acheter un album était le processus naturel et inconscient pour déclarer sa passion à un artiste et ça, ça a été chambardé. Mais ils sont toujours prêts à tomber amoureux d'un artiste et je suis content que ça ne change pas.

 

 

Tu as le sentiment d'avoir imposé une patte via K7 ? Un son K7 ?

Horst : C'est difficile pour moi de te répondre parce qu'il y a une différence entre K7 le label et K7 la compagnie. L'entreprise fait beaucoup de choses : Strut, Ghostly, de la distribution, du management et je dirige cette compagnie. Et au sein de cette compagnie, il y a un label nommé K7 chargé des sorties de beaucoup d'artistes variés. Donc je sens que le son du label est en train de changer, que le label change et que plus globalement la créativité de ces artistes est en train de changer. Tout ça est trop en mouvement pour pouvoir parler maintenant d'un son K7 véritablement.

 


 

Sur le site, quelqu'un, peut-être toi, pose deux questions à différents protagonistes. Je les trouve intéressantes donc je vais te les poser. La première : qu'est ce qui te conserve motivé sur un plan créatif ?

Horst : Qu'est ce qui me conserve motivé sur un plan créatif ? Quand je vois les gens toujours aussi connectés aux émotions de la musique. Je pense que c'est une connexion très forte, l'auditeur peut s'abandonner complétement à la musique et ça peut aller vraiment très loin. Et c'est ce qui me fascine autour de la musique, c'est ce qui fait que je m'implique toujours autant dans la musique parce que ça n'a pas bougé en 27 ans.

 

 

La seconde question : si tu ne devais changer qu'un seul aspect de l'industrie musicale, lequel serait-ce ?

Horst : Sans hésiter, ça serait me battre contre ces compagnies qui se battent elles-mêmes contre le copyright. Ils fournissent un travail énorme contre les copyrights pour tenter de les affaiblir et c'est une perte d'argent considérable parce que la musique est gratuite, ainsi que les vidéos ou les films tandis qu'eux gagnent de l'argent avec les pubs... C'est un énorme danger pour nous parce que nous ne pouvons plus investir dans de jeunes artistes à nouveau et ce dans tout le pays. Tu peux comparer la situation avec la médecine. Imagine ce qui arriverait si on t'annonçait du jour au lendemain qu'il n'y a plus d'argent à investir dans la recherche pharmaceutique ? Que l'on ne peut plus créer de nouveaux médicaments. Au bout d'un moment nous vivrions dans un monde désastreux et c'est ce qui arrive au copyright dans la musique. Alors, j'espère que le gouvernement européen et le gouvernement Français vont se pencher sérieusement sur la question parce que la musique à venir, sans pouvoir investir dans l'innovation, sera vraiment noire et banche. Nous perdrons nos couleurs, nous devons faire très attention à cela. Ceci-dit je dois dire que j'ai foi dans le gouvernement européen, ainsi que dans le Français pour ce que vous avez fait par le passé en faveur de la culture et je pense que vous saurez reconnaitre en quoi la culture peut être menacée par la technologie.



 


Et toi tu l'as ressenti à titre personnel ? Ces entreprises qui combattent le copyright ont mis du plomb dans l'aile de K7 ?

Horst : Bien sûr qu'elles ont endommagées K7 ! Nous savons maintenant qu'il est très dur pour nous d'investir dans de nouveaux artistes, dans une création aventureuse, risquée. C'est une période terrible pour un jeune artiste voulant se créer une fanbase. Si tu regardes l'Histoire du label en remontant les six dernières années, du stade ou nous pouvions accompagnés quatre ou cinq jeunes artistes vers les sommets chaque année, nous ne parvenons plus qu'à en mener un tous les deux ans... Tous les deux ans !  C'est terriblement attristant.

 

 

 

Et tu as essayé d'investir dans le booking, les tournées, le live ? Le modèle anglo-saxon semble avoir équilibré ses pertes ainsi.

Horst : Oui nous l'avons fait mais je suis quand même persuadé que nous devons nous battre pour nos droits ! Quelqu'un doit investir dans la création et le fait que nous accentuons le live n'a rien changé... Finalement la perte reste la même et elle est énorme. L'argent que tu investis dans le live, tu le récupères sans grande marge, c'est un plus gros investissement qu'il n'y parait donc tu n'as toujours rien pour subventionner la nouvelle création. Et puis si tu investis massivement dans le live, c'est une économie à perte donc qu'est ce qu'il te reste pour vivre à la fin du mois ?

 

 

A peine de quoi s'offrir des chips. Au delà de ça, qu'est ce que ça signifie, "être un label indépendant en 2012" ?

Horst : ça signifie que nous avons été bons ! Nous sommes revenus au schéma des 70's, des  80's, aux origines de ce business où tu avais vraiment besoin de quelqu'un qui prend en charge la totalité de la carrière d'un artiste. Tu dois t'assurer qu'il a une agence, tu dois être sûr qu'il a un contrat d'édition, tu dois t'assurer que tout va bien pour bien lui. Et je pense que de moins en moins de compagnies s'assurent de ça et que les entreprises qui ont su conserver de la proximité dans leur management, sont dans une bonne voie de développement. Cela montre que quelqu'un doit faire le boulot et que sortir des albums, c'est très important quand on touche à l'ouverture créatrice, la reconnaissance et l'image de l'artiste. L'artiste ne sait pas toujours où est l'argent et nous nous devons d'être là pour l'accompagner.



 

Une question émotion pour terminer : qu'elle est ta plus grande fierté en 27 ans au sein de K7 ?

Horst : récemment, ce qui m'a rendu très fier, c'est que nous avons pu mener Brandt Brauer Frick Ensemble - qui a d'ailleurs joué au Centre Pompidou en octobre - tout autour du monde. Quand tu regardes l'histoire de la techno et de la musique classique, tu vois que beaucoup ont tentés de les mélanger mais personne n'a réussi à produire quelque chose de beau et de l'emmener autour du monde. On a joué à NYC, à Londres, au Centre Pompidou à Paris et ça c'est quelque chose dont je suis très fier. Historiquement, ce dont je suis très fier c'est lorsque j'ai créé le site web pour les 27 ans de K7 et que je me suis replongé dans toute l'histoire du label, tous ces artistes que nous avons réunis durant ces 27 ans ont comptés dans l'Histoire de la musique.


 

Horst Weidenmuller (K7 CEO)

 


Et à l'inverse, un regret notable ?

Horst : non, je n'ai aucun regret. Parce que je pense que lorsque tu touches à la création, tu dois faire des erreurs, c'est important de faire parfois les choses de la mauvaise façon. Pas nécessairement en termes de management mais plus au niveau des investissements... Etre créatif signifie que tu vas travailler dans beaucoup de sphères différentes que tu ne maitrises pas forcément et si tu ne fais pas d'erreurs, c'est que tu ne prends pas de risques et le risque c'est la base d'une création saine.  

 

   

 

 

 

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