Pourquoi deux “a“ dans Caandides ? Pourquoi Caandides d'ailleurs ? Vous êtes des fatalistes prônant le fait de "cultiver son jardin" ?

En Amérique du nord, il y a une transgression du langage utilisée surtout par les jeunes enfants, qui consiste à déplacer la première consonne d'un mot à sa fin, suivi d'un "ey". C'est du pig latin (c'est la langue maternelle du toucan des céréales Froot Loops). Par exemple Caandides en pig latin deviendrait AandidesCay.


Quant à nous, c'est venu d'un jeu qu'on avait vers la période où notre groupe précédent s'est terminé, et où Candides (à l'époque avec un seul "a") a commencé : on doublait les voyelles de beaucoup de mots (sur des flyers, pour des titres de morceaux, ou même dans des textes gribouillés dans des carnets), et on s'amusait de voir que cette mutation nuançait le sens des mots, accentuait leur signification. Alors on a commencé assez naturellement à doubler la première voyelle de Candides.


Même si notre transgression est beaucoup moins cryptique que celle du pig latin, je crois qu'on aimait cette idée d'avoir notre propre lingo (jargon).



J'ai entendu dire qu'il y avait une géométrie variable chez vous. Caandides c'est une espèce d'agence d’intérim où l'on fait tourner l'effectif ?

On trouve cette géométrie variable dans notre recherche constante d'une méthode de travail. Notre démarche pour mettre en place un morceau évolue perpétuellement, et il n'est par exemple pas rare que des musiciens extérieurs participent aux enregistrements. Mais plutôt qu'une agence d'intérim, on se considère plutôt comme une école associative de langue des signes; pas besoin de CV.



Rien ne s'écrit sur vous sans que l'on vous associe à Animal Collective :

* D'une : C'est pas irritant ?

* et de deux : Vous n’avez pas peur d'être confiné dans le Animal Collective à la Française (c’est un risque) ?

Ce n'est vraiment pas quelque chose qui occupe notre imaginaire. A un moment si un artiste décide que ce type de question a assez d'importance pour devenir angoissante, alors il est contraint de prendre le contrôle de l'image qu'il renvoie; soit en donnant un maximum d'information pour que ceux qui parlent de lui puissent s'en nourrir (et ultimement retranscrire ce qu'il dit de lui-même), soit en retenant toute information, faisant du mystère une identité en soi. Dans les deux cas le risque est de faire passer son travail d'artiste à l'arrière plan.


Notre intention est de proposer une musique et un univers visuel assez denses et intéressants pour qu'on n'ait pas à défendre de posture annexe. On interprète les comparaisons avec d'autres groupes comme des clés pour comprendre notre travail, donc ça ne nous dérange pas.



Est-ce qu'on peut encore expérimenter dans la pop sans être comparé à Animal Collective ?

Oui bien sûr, il y plein de groupes qui jouent à s'affranchir du cadre classique de la pop, sans se référer à Animal Collective. Même en France, des groupes comme GaBLé ou Les Marquises pour n'en citer que deux ont ce souci d'expérimentation dans leur travail. Les références internationales ne manquent pas non plus, mais c'est certainement plus pratique pour un journaliste de se référer à une figure largement identifiable: le message passe plus facilement à un plus grand nombre. C'est un raccourci journalistique qu'on comprend, même si ça peut parfois devenir lassant.



Et comme on n’a plus envie de vous comparer et de savoir à qui ou quoi vous ressemblez, on préfère vous demander à qui ou quoi vous ne ressemblez pas.

On pense ressembler assez peu à un groupe de jam dans une cave jazz à Saint-Michel. C'est malheureux, mais on a pas assez de technique pour ça.




Plusieurs questions à propos de la compil Education Française : déjà comment vous la trouvez ? Ensuite qu'est ce que ça vous fait d'être avec une ribambelle de groupes qui n'ont rien à voir avec vous ? Et pour finir, est-ce que selon vous il y a vraiment un renouveau de la scène Française ?

La compilation est très éclectique ce qui est un diagnostique plutôt rassurant; on s'emmerderait vite si on avait une large domination d'un seul genre en France.


Mais du coup c'est vrai que, plus que la question du renouveau, ça pose la question du sens que prend le terme de "scène". Même si on aime pas mal des groupes de la compilation, on ne se sent pas particulièrement en cohérence avec chacun d'eux (et ils seront certainement d'accord).


Mais quoiqu'on puisse en dire, un projet qui a pour objectif de faire connaître largement des groupes jeunes et parfois assez audacieux est de toute manière très bienvenu.




Et après tout, comment vous le trouvez le made in France en musique ces derniers temps ? Arnaud De Montebourg devrait poser avec vous en une du parisien (ou 90bpm) ? Et avec qui ?

Même si il y a trop souvent un décalage entre les groupes qu'on aimerait voir mis en avant et ceux qui le sont, on aime beaucoup de projets français, et dans pas mal de genre différents.


Pour la une de 90bpm, on est pas sûr que M. le Ministre soit d'accord mais on le fait sans lui quand tu veux.



C’est noté, j’appelle Arnaud. J’ai remarqué chez vous, un sens de l’esthétique assez poussé et peut-être même un lien à l'Art : qui devrait filmer, peindre ou photographier Caandides ?

On pense que Mathis Collins devrait sculpter et mettre en scène nos portrait dans de l'écorce de chêne de liège. Cette mise en scène serait photographiée par le duo VLF, et Éli Serres construirai le cadre pour la photo.



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