Si le sample reste le moyen d’avoir un groupe à peu de frais, il semblerait que Ghostface Killah soit tombé dans la bourgeoisie. Pour composer ses instrumentaux, le Tony Stark du Wu Tang-Clan est parti recruter sur la West Coast l’un des plus grands musiciens actuels de soul cinématique psyché, Adrien Younge. Et on ne sait pas si l’idée de cette association est naît dans l’esprit de RZA mais il produit tout de même l’album sur son nouveau label, Soul Temple.

Adrian Younge fait partie de ces compositeurs de musique de films compulsifs, l’homme a en quelque sorte le syndrome de Gilles de la Tourette de la BO. Les premiers symptômes étaient apparus avec Black Dynamite, un blaxploitation entre Shaft, Y a t’il un pilote dans l’avion et des films de Bruce Lee. Rien d’étonnant jusque là, mais quand le type a commencé à sortir des BO pour des films qui n’existaient pas, la maladie s’est déclaré au grand jour. Alors quand Ghostface Killah décide de sortir 12 Reasons To Die, album racontant l’histoire italienne dans les années soixante d’un black mafioso et d’une douzaine de vinyles qui seront les raisins de sa colère, choisir Adrian Younge et son Venice Dawn s’impose comme une évidence.

Les deux larrons n’ont pas eu besoin d’une foire pour s’entendre car bien que le producteur de Los Angeles ait fournit les meilleurs BO soul/funk de ces dernières années, ses influences hip-hop suintent à grosse goutte à l’écoute de sa discographie. Et si l’on gratte un peu le vernis des instrus composées par Adrian Younge, un Enter the Wu-Tang (36 Chambers) ou autres productions de RZA apparaissent inévitablement. Mais le californien n’est pas seulement qu’un des nombreux disciples des instrus du Wu Tang-Clan, ils sont intériorisés et recrachés avec sa touche psyché, ses beats reconnaissables entre tous et ses envolées de chœurs dignes des plus grands standards soul. L’album, fidèle au tracklisting d’une BO, suit l’histoire de Ghostface Killah face au Delucas et s’ouvre avec Beware Of The Stare, où les chœurs faisant office de voix off, façon comics, accompagne le flow de la fine lame de Staten Island. Le New Yorkais a rappelé pour l’occasion quelques uns des ses frères d’armes avec les featurings d’Inspectah Deck, U-God, Cappadonna ou Masta Killa dont le sublime I Declare War. Il se voit même backé (Enemies All Around Me) par William Hart, la voix des Delfonics dont la voix qui semble être pitché affiche en fait une réelle fatigue.

Tous les titres pourraient avoir droit à leurs chroniques car le Iron Man a fondu tous ses titres dans le même moule, celui qui façonne les meilleurs albums de hip-hop et réalise sûrement l’un des meilleurs disques de l’année avec ce 12 Reasons To Die et autant de l’acheter. Par Julien Renou Une version reprenant les lyrics et réalisée par le beatmaker Apollo Brown est aussi disponible sur le site du label de RZA, ainsi qu’un comics en guise de film.


Julien Renou
Share This