Lapalux / Nostalchic

Lapalux, Laxaron, Lasilix. Parmi ces noms de laxatif se cache une des dernières signatures du label californien qu’on ne présente plus, Brainfeeder. Lapalux donc, anglais originaire d’Essex, qui en réalité a trouvé son blaze lors de ces soirées qui n’ont pas d’autre choix que de mal finir, nous offre son premier album après 4 EP teasant déjà le talent. Album sorti il y’a maintenant un mois, cette chronique est l’occasion de rentrer dans l’univers d’un gars qui s’assoit sur beaucoup de conventions, si ce n’est toutes.

Premier contact : IAMSYS, introduction qui aurait pu être signée par un Clams Casino, nappes de sons à n’en plus finir, micro-reverse, échos fantomatique, synthé nuagueux, bref, du cloud. Et pourtant, il y’a ce truc en plus, dont on parlera beaucoup juste après, un beat puissant, insolent et déstructuré. On le disait en intro, le bonhomme s’assoit sur les conventions. Bien qu’il ait suivi des cours de musicologie, la quantification, il semble ne pas connaitre. Le beat parait totalement aléatoire, mais s’avère terriblement addictif. Vous avez surement aperçu au détour d’un blog le terme pompeux de « musique organique » sans jamais réellement comprendre le délire, Lapalux en est une parfaite illustration. Guuurl est un résumé de tout ce savoir-faire, avec en plus, chose rare de nos jours, un très bel usage de voix sous vocoder. Comme ses camarades de label, Lapalux est un gourou d’Ableton Live et on le comprend vite.


Maintenant il est temps de parler de l’autre facette du gadjo : le maximalisme. Autant Jamie XX dépouille la bass jusqu'à l'os avec son groupe sous sédatif, The XX, autant Lapalux explore le chemin inverse pour s’imposer maitre de la super-superposition de pistes. Le titre Kelly Brook est un exemple de tout ce que Lapalux a de plus dingue à faire écouter, même dans l'excès. Et de couches-puzzle en puzzle de couches, à vouloir prendre des chemins détournés, il finit parfois par s'embourber. Ceci-dit, on ne crachera pas sur un des talents du type : savoir faire d'un visage complétement déstructuré et difforme quelque chose d'irrésistiblement attirant.




Et comme notre Dela national (et beaucoup d'autres) dans son Changes of Atmosphere, le Lapalux aime cuisiner à la musique concrète : gazouillis d’oiseaux, écoulement d’eau, vent contre les arbres… S'il ne se recadre pas, il est à deux doigts d'une compilation pour Center Park. Et oui on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas ses voisins mais on choisit bien ses poulains : si Lapa est signé chez Brainfeeder, c'est qu'il y a de l'atome crochu avec tonton FlyLo.


Même si on est rodé au son Brainfeeder ou aux bricolages insensés, ce Lapalux parvient à surprendre et surtout à laisser espérer une œuvre pérenne dans le temps, tant elle joue sur la connexion/déconnection avec son époque. Un dernier mot maintenant sur Brainfeeder, qui à force de signer des super-producteur est en passe de devenir le PSG de la musique électronique. Question : les Qataris financent-ils le label de FlyLo ?


Samir Yazane.