Bonobo / The North Borders

Si il ne peut en rester qu’un ce n’est plus Christophe Lambert mais bien Simon Green, le highlander du downtempo. Quand certains en faisaient déjà l’oraison funèbre, Bonobo lui refait une jeunesse avec les oripeaux de la modernité. A défaut d’une nouvelle orientation sonore, ce cinquième album marque tout de même une évolution plus électro dans la discographie du producteur de Brighton.


First Fires signale le premier accès à ce North Borders avec un Grey Reverend montrant la voie. Issu de l’écurie Ninja Tune, l’homme avait déjà posé sa voix sur certains titres du Cinematic Orchestra. Et si Fink était le dernier featuring masculin de Bonobo, il lui succède ici avec succès. A la différence de ses trois précédents albums, il a décidé pour celui-ci d’escorter ses instrumentaux de plus d’une sirène. Ainsi Erykah Badu prêche sur Heaven For The Sinner avec un groove qui n’est plus à démontrer et Cornelia, qui avait officié pour Portico Quartet promène sa voix sur un Pieces onirique. Habitué à servir de tremplin à ses chanteuses, Bonobo catapulte ici Szjerdene, sur Towers et Transits et si la jeune femme cite Mariah Carey comme influence majeure, dieu merci on ne la sent en aucune manière sur ces deux morceaux.

 

Les titres plus instrumentaux esquissent la même tentative que sur Black Sands de franchir les frontières du downtempo par des beats plus house (Don't Wait et Know You), comme avec le très bon Cirrus, lâché sur les Internets avant la sortie officielle. L’Anglais prend un malin plaisir à tripoter ses potards, malaxer son son dans tous les sens et l’aspect organique d’un Days To Come s’estompe peu à peu pour laisser une place plus importante aux samples. Simon Green sait d’où il vient et nous le rappelle avec des titres qui prennent parfois des allures d’Animal Magic(Jets et Antenna). Pour les arrangements, Bonobo reste un des rares à pouvoir tirer de ses cuivres et cordes de longs sanglots qui n’ont ici rien de monotones.


 


Si l’on pouvait croire que Bonobo serait allé dans le sens d’un Four Tet il n’en est rien. Bien que le paniné s’accorde certains écarts de styles avec des titres bien plus électro, qu'il cite à quelques moments héroïques le 2-step ou qu'il tente certaines incursions dans la U.K bass, il reste dans ce qu’il sait faire. Et si ce n’est pas à un singe qu’on apprend à faire la grimace, ce n’est pas à Bonobo qu’on apprend à faire du bon son.


L'animal à la Boiler Room  

 
Par Julien Renou