Un dicton raconte que l´on a toute la vie pour sortir son premier album. Chez James Shaw, il aura fallu trois longues années pour se lancer. Autant dire que le londonien aura préparé son coup en explorant les multiples profondeurs de la techno actuelle. Mais avec son premier album, Sigha laisse l´expérimentation au labo pour se concentrer sur le sensoriel et la texture. Oubliez la commodité de The Politics Of Dying ou la deep house de Rawww : avec Living with ghosts, la techno atmosphérique prend le pli de la politique d´austérité, un virage à 180 degrés pour le londonien que seuls les moins frileux apprécieront.

Si l´on passe Noël au balcon, la sortie du premier album de Sigha aura été la seule vague de froid de cet hiver. Et c´est peu de le dire : Living for ghosts est incontestablement un disque glacial qui devrait se vendre au rayon surgelé. Le ton est donné dès les premières secondes par Mirror, terrible titre d´ouverture qui, par l´enchainement de sonorités dantesques et itératives, semble annoncer un chaos imminent. Les Mayas ne s´étaient peut-être pas tant plantés : le chaos aura lieu non pas une mais plusieurs fois. Si on retrouve sur les pistes suivantes l´essence-même de la techno – un kick costaud et une basse à décoller le papier peint, force est de constater que Sigha cherche à nous asphyxier en balançant des beats si répétitifs qu´ils en paraissent éternels. Et ce n´est pas l´humeur de nombreux effets industriels venant agrémenter les morceaux d´une touche mécanique- ça grésille, ça souffle – qui offrira à l´auditeur un second-souffle. La violence est telle que la trinité formée par Ascension, Puritan et Scene couple laissera chez beaucoup des séquelles irréparables.

Sigha / Living With Ghosts

Pour autant, Sigha n´est pas Tyson et le disque ne se limite pas à enchainer les uppercuts. Heureusement. Car combien de productions du genre sont tombées dans les oubliettes, faute d´une réelle singularité et d´un attrait trop prononcé pour le beat simple ? Sigha l´a bien compris et parsème, avec justesse, des instants de calme qui permettent à son public de respirer. Bien que l´alchimie soit au final un peu étrange, l´ensemble évolue dans les mêmes niveaux de gris, ceux qui donnent au disque cet arrière goût de sueur salée. Suspension, Delicate ou encore la menaçante Aokigahara qui vient clôturer le disque, restent ainsi des pistes sombres qui réveilleront, à ne pas en douter, les délires ésotériques de certains.

Inutile de préciser qu´il faudra se dénuquer et salir ses pompes fluos pour profiter de la violence de Living with ghosts, disque huileux qui s´écoute dans le bordel d´une mouvance telle que l’effervescence d´un live. La musique qu´il diffuse – quelque part entre Dettmann, Locked Groove ou DVS1 – est souvent grasse, sauvage, austère et fidèle au monde auquel appartient son créateur. Si le monde s´écroule, sa déchéance a déjà une B.O.

 

 

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