La vie à Berlin n’est pas qu’une immense fête où la seule contrariété s’appelle lundi. Le tourisme de masse a occasionné une gentrification sans précédent, les prix de l’immobilier haussent et résultat, comme un dicton Berlinois le résume tr ès bien : « les grues font parties du paysage ». Des travaux comme s’il pleuvait du marteau-piqueur H24 7/7 exaspérant Schneider TM, qui plutôt que de déménager, a choisi d’en faire une belle oeuvre sous paracétamol.

Autrefois, Schneider TM était la lie de l´éléctro-pop, ce qui touche le fond et ne se consomme pas. C´est assez cruel comme entrée mais c´est juste. Nous pouvons d´autant plus nous permettre que – contrairement à Julio – Schneider a beaucoup changé et ça lui réussit plutôt bien.

Schneider TM / Construction Sounds

À la réception de ce Construction Sounds (dont le nom ne ment pas), plusieurs options distinctes se présentes à vous :

·       Soit vous considérez que cet album est surement abimé de par le bruit qu´il en dégage et vous choisissez de l´envoyez aux encombrants.

·       Soit vous considérez que cet album n´est pas abimé mais de par le bruit qu´il dégage vous choisissez de l´envoyer aux encombrants.

·       Soit vous vous demandez ce qui a poussé ce popeux en fin de solde à produire telle bande-son d´installation et là, votre curiosité connaît un début d´érection.

Schneider, de son vrai nom Dirk Dresselhaus, est un Berlinois somme toute anodin puisque artiste à la petite semaine. Sa ville de coeur connaît depuis quelques années de grands travaux – c´est aussi la cause de la disparition des squats sur place d´ailleurs : la pression immobilière devient très forte – et comme un adage local l´entend : >. Assister à ces travaux, c´est une chose mais les entendre en est une autre. D´abord, excédé (selon ses dires), Schneider va finalement trouver une certaine musicalité, voire une poésie, dans la construction. Construction Sounds est né.

 


Dresselhaus nous envoie une carte postale sonore faite d’échafaudage et de marteaux-piqueurs où l´humain est totalement soustrait mais pas son activité. Il n’y plus de présence humaine, plus d´organique, uniquement le fruit de son travail. C´est le côté flippant qu´a retransmis Schneider, une ville n´appartenant plus à ses habitants mais à ceux qui entreprennent de la défigurer.  

Schneider, lui, en fait un street drone, un paysage sonore en construction et destruction permanente, qui trouve étonnamment une musicalité et une dimension artistique que le chantier en bas de ton immeuble n´aura jamais. Pendant musical de l´installation en art numérique, on parie volontiers que Schneider n´en vendra pas cinquante, même à l´office de tourisme de Berlin ou auprès des écolos locaux mais l´initiative est aussi touchante que rebutante. Une expérience sensorielle totale qui a le mérite d´exister mais qui n´en fera pas vivre son auteur. 

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