Non The Man With The Iron Fists n’est pas le nom d’un porno douteux mais le premier film de RZA, la fine lame du Wu-Tang Clan et il s’est associé avec Tarantino pour l’occasion. Voir des rappeurs fricoter avec le 7éme art n’est pas quelque chose de nouveau. Quand certains ont fait leur egotrip en écrivant, réalisant et jouant leur propre rôle sur la grande toile, allant jusqu’à faire croire que leur mère ressemblait à Kim Basinger, d’autres ont décidé de devenir forgeron et docteur ès bourre-pif. C’est ainsi que RZA est passé derrière la caméra après de nombreuses apparitions devant (dont les plus remarquées avec Jim Jarmusch, mais on attend le prochain Gi Joe). Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi même il a créé son propre label pour faire la BO.



Le ninja de Brooklyn avait déjà sévi en produisant une des meilleures bandes originales du hip-hop avec Ghost Dog: The Way of the Samurai et n’était donc pas un bleu dans le style. Ci cette dernière ne présentait que des titres enregistrés pour l’occasion, il a voulu mélanger pour ce The Man With The Iron Fists les styles et les époques, rendant hommage à ses multiples influences.



La BO s’ouvre sur The Baddest Man Alive, fruit de la collaboration entre les Black Keys et RZA. Ce dernier avait déjà participé au projet Blakroc où le groupe de rock de l’Ohio étalait un penchant certain pour le bon hip-hop. Si l’on pouvait s’attendre à des prods crasseuses pour illustrer les scènes du film, il y a finalement de tout : un bon dieu d’auto-tune pour accompagner le flow de Kanye West sur White Dress, des instrus bien lourdes pour Ghostface Killah, M.O.P. et Pharoahe Monch sur Black Out, des productions plus électro sur le duo de RZA et Flatbush Zombies ou plus léchées sur le très bon Tick, Tock avec Pusha T, Raekwon, Joell Ortiz et Danny Brown. Talib Kweli est aussi de la partie sur une ligne de basse plutôt groovy pour le titre Get Your Way (Sex as a Weapon). Bien évidemment, le « scientifique »ne pouvait se passer de ses acolytes masqués de Staten Island pour une musique de film Shaolin et rappelle pour l’occasion Ghostface Killah, U-God, Method Man, Raekwon et Kool G Rap en associé notoire pour un Rivers of Blood qui fleure bon les vieux Wu-Tang. Mise à part le Green is the Mountain de circonstance par Frances Yip et le Your Good Thing (Is About To End) écrit par le duo Isaac Hayes/Dave Porter et interprété par Mable John, c’est au niveau du casting pour les titres soul que le bas blesse. Le Chains exécuté par une Corinne Bailey Rae à la voix bien trop pop ne fait pas longtemps illusion pour un morceau où le chant devrait faire fondre le plus vilain des méchants. La reprise du classique de William Bell, I Forgot To Be Your Lover par Tre Williams ne nous déçoit pas plus que ça qu’il ait oublié d’être un lover…et quand on sait que l’écurie Daptone n’est pas loin …



Malgré ces quelques errances pour le grand connaisseur de deep soul qu’il est, RZA montre qu’il sait tout de même bien orchestrer la castagne à coup de Katana, surins, torgnole et autres iron fists et se rappelle aux bons souvenirs de ceux s’étaient mis à élever des pigeons pour ressembler à Forest Whitaker.


Julien Renou

 
 
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