L’union fait la force de vente! Comment ne pas avoir cette idée en tête quand on décide de s’attaquer à l’album d’un « supergroup ». Après le duo bankable Watch The Trone (de Kanye West et Jay Z au cas où vous n’étiez pas sur terre ces derniers temps) et en attendant la confirmation de The Standard (Q-Tip, Common et Nas), voici le petit dernier bien charpenté des collaborations XXL : WuBlock ! Alors le « Cash Rules » était-il le leitmotiv du projet ? Bon ou mauvais, peu importe, l’album devrait cartonner.


 

Résultant de la procréation entre le Wu-Tang et le D-Block, Wu-Block est une union intra-New-York commune par le nom mais orchestrée par Ghostface et Sheek Louch. Initialement prévu il y a plus d’un an comme une vraie fusion entre Shaolins et The LOX, on ne retrouve finalement que Ghost et Sheek pour tenir les rênes du bestiau, les autres emcees de chaque crew n’apparaissant qu’en featuring.



 

Un mur de briques recouvert de la bannière étoilée, un peu d’or et quelques traces de sang (on a évité l’aigle !) : voici ce qu’on découvre sur la cover de l’album qui devrait plaire à tous les pro-américains. Une sorte de rébus de ce que nous allons recevoir dans nos tympans. Traduisons donc… « du gros rap de cain’ri indestructible qui t’écrase toi, tes potes et peut être ta famille et qui, accessoirement, aime bien l’or! ». Un peu cliché n´est-ce pas ? Mais tellement vrai. Les choix artistiques de l’album reflètent assez bien cette image. Même si le premier morceau Crack Spot Storie ouvre lentement sur un sample déjà utilisé par maître Dilla (sur Love it Here), on se fait rapidement secouer par ce tank qu´est Wu Block avec des tracks percutants tels que Pour Tha Martini ou Commin For Ya Head). Gros kicks, violons, ambiance anxyogène, lyrics énervés de rappers superstars, la sauce prend bien.


 

La couleur de l’album évoque davantage l’ambiance Wu-Tang que celle du D-Block et heureusement pour nous ! C’était un des risques majeurs du projet : que la semi-mièvrerie du D-Block déteigne sur notre tant aimé Wu-Tang. Quinze tracks, treize producteurs, une douzaine d’emcees au total, ça fait du monde, mais ça fait surtout du beau travail. Les Raekwon Jadakiss Method ou Style P se bousculent tour à tour sur la tracklist assez homogène sauf si on y exclut le brumeux et mélancolique Drivin’Round avec Masta Killah, GZA et l’inévitable Erykah Badu.



 

Au delà de l’intérêt sûrement financier du projet, Wu-Block réussit à nous tenir éveillé, et même à nous surprendre quelque fois. Une sorte d’extension de l’album Wu-Massacre, mais qui aurait mérité d’être un peu plus ambitieux. C’est propre, très bien produit, mais avec un arrière-goût de déjà-vu. C´est démodé, indémodable et une belle tranche de vie dans le rap New Yorkais des 90´s. Wu-Tang conserve un poids certain dans le game pas uniquement du à son statut de légende et comme le Wu l’a fièrement affirmé : « Wu Tang Clan ain’t nuthing to fuck with! » Pas de doute, ce sont bien eux les chefs.

 

 Benoit Filliat