Le mercenariat est une pratique si répandue dans l´écurie Daptone que c´est à se demander si le label de Brooklyn n´est pas devenu une énorme boite échangiste de musiciens soul/funk. Le contrat d´exclusivité étant une notion assez vague chez les New Yorkais, les membres du Menahan Street band ont dispensé leur groove aux quatre coins de la planète, accompagnant tout autant les groupes issus de la maison Daptone que les gros bonnets de la musique en vogue (Mark Ronson).



Fondée par Tom Brenneck, et Homer Steinweiss avec Nick Movshon à la basse ainsi que Dave Guy et Leon Michels aux cuivres, la formation a toute suite pris des allures de Dream Team de la soul instrumental. Membres d´Antibalas ou des Dap-Kings, leur répertoire se concentrait essentiellement sur l´afro-beat et le funk/soul et leurs premiers émois musicaux ne s´étant pas fait seulement à travers la discographie du Godfather ou de Fela, ils ont décidé de créer et d´orienter le M.S.B. vers les autres sons qui ont tout autant bercé leur jeunesse. Du rock, du hip-hop et des musiques de films en tout genre, bref  la bande originale d´une vie.



Deux ans dans les studios analogiques de Dunham Records auront été nécessaires pour achever l´enregistrement de The Crossing, suite attendue du très bon Make The Road By Walking paru en 2008. Ce dernier affichait déjà une forte propension pour les tracks digne des meilleurs thèmes de film de boxe alors que cette suite fait plus honneur à des compositeurs italiens tels que Piero Umiliani ou Ennio Morricone ou même le Wu-Tang Clan. Si cet album était la BO d´un film, nul doute que l´on trouverait dans le scénar une bien belle triade de vilains: des blousons noirs napolitains, des cow boys peu loquaces et des ninjas de Staten Islands (Lights Out, Seven is The Wind,The Crossing, Bullet For The Bagman et Three Forces). Un bien beau bordel que viennent renforcer quelques incartades africaines (Sleight Of Hand et Ivory & Blue). Les autres titres sont taillés dans le même bois, cette marque de fabrique du M.S.B., une soul instrumentale chaude entrant en ébullition quand s´enchevêtrent les cordes de Brenneck et les cuivres ardents de Dave Guy et Leon Michels (Driftwood, Everyday A Dream).

 

Avec The Crossing,  le Menahan Street band  organise une très belle traversée de leurs influences tout en montrant une grande maitrise pour passer d´un style à l´autre. Une légende raconte que si on met un caméléon sur du rouge, il le devient mais si on le met sur une couverture écossaise, il explose alors que les New Yorkais, eux, deviennent Ecossais.



 

Julien Renou