Lassé d´être le type  « derrière « , William Bensussen A.K.A. The << Motherfucking >> Gaslamp Killer décide enfin de sortir sa tignasse de l´ombre en signant son premier album chez ses acolytes de Brainfeeder. Pionnier de la franchise des Low End Theory, le Valderrama de la MPC pilonne la scène hip hop de San Diego et Los Angeles de ses beats depuis 2006. Mais c´est en orchestrant les premiers prêches psychédéliques de Gonjasufi qu´il se fait un peu plus connaître du grand public, associant des samples obscures de soul, de disco espagnole et autres musiques de junky à la voix fantomatique de l´anachorète californien.

 


Lors d´une interview, le beatmaker confessait qu´il voulait s´inspirer de ses nombreux disques (essentiellement de la Library Music et des raretés diggées) pour les réinterpréter avec des musiciens. La lecture de la tracklist confirme cette volonté et étale pléthore de collaborations plutôt qu´un véritable projet solo. La liste des invités devant être assez proche de celle de son mariage, on y retrouve la plupart de ses potes affiliés à l´amicale des musiciens psychédéliques (hip-hop, soul et électro) de la côte ouest. Ainsi le Sufi et le Killer refont la bringue sur deux titres, Veins et un Apparitions aux accents éthiopiques, renouant avec cette musique d´outre-tombe qui avaient fait leur succès. Adrian Younge, le cerveau du Black Dynamite Sound Orchestra, en membre actif de l´amicale ne pouvait manquer cette réunion discographique et nous gratifie d´un Dead Vets crasseux à souhait. S´associant tour à tour avec Daedelus ou Samiyam pour un hip hop aux beats déstructurés ou plus anatoliens avec Amir Yaghmai, Gaslamp Killer affiche en réalité une certaine angoisse pour bosser seul mais quoi de plus normal après tout pour un type habitué à produire et accompagner les autres. L´album est ponctué d´interlude dont Fuck, un bien bel hommage au mot le plus polyvalent de la langue anglaise. A noter que le californien s´est lui-même occupé de martyriser sa batterie pour tous les beats de la galette avec probablement un génocide de baguette à la clef.

 


Via Breakthrough, Gaslamp Killer tisse un fil d´Ariane dans le réseau bordélique de ses connexions synaptiques musicales mais perd peut être en unité à l´écoute des nombreux featurings de l´album. L´aspect brut et sans fioriture étant tout autant une qualité qu´un défaut, le contenu semble parfois un peu trop dépouillé… Une belle boite à idée qu’il aurait fallu assembler avec plus de soin.

 

Julien Renou