Le Caribou a quitté sa forêt boréale pour le monastère de Daphni. Non, cette phrase n’est pas une légende de gravure du XIe siècle, mais bien une sombre tentative de poétiser le side project de Daniel Snaith.

Daniel Snaith, ce Canadien à la bouille de joueur de tennis (vous trouvez pas ?), coiffé de petits cheveux bouclés d’enfants qui posent pour une publicité de biscuits (vous trouvez pas non plus ?), vos copines l’ont adopté dès qu’elles ont entendu le titre Odessa dans le générique du reportage << Profession It Girl >>. Tout bénèf’ pour Caribou, immédiatement devenu BO officiel des after-works au mojitos.

Mais pas que. Daniel Snaith, c’est avant tout une espèce d’intello de la musique : un phD en mathématiques dans la poche, une juste maîtrise des synthés, des batteries et de la guitare, une approche très visuelle de la musique (ses sets sont souvent accompagnés de projections vidéo) et un certain goût pour l’intellectualisation :

<< Je ne suis pas le genre de personnes à prendre des sonorités isolées, puis à jouer avec elles. J’ai une approche plus cérébrale : je prends des idées et des concepts, et j’essaye de jongler avec. >>

Mathématicien, mais pas moins philosophe, donc, ce Daniel Snaith. L’artiste a d’ailleurs récemment déclaré que le projet Daphni renfermait tout ce que Caribou, de part ses contraintes, avait fait avorter. En effet. Si Caribou devait être une dissertation mélodique avec un plan en 3 parties, clair et organisé, Daphni, lui, permet une prose plus brouillonne, presque (volontairement ?) naïve.

Snaith a toujours été attiré par les sirènes de la dance music. Ce premier LP de Daphni en est la preuve par quatre. Jiaolong sonne comme une compilation de singles-prêts-à-danser, le tout offrant presque une impression d’extensive mix.

Yes, I Know, qui ouvre le LP, résume bien l’intention de Snaith sur cette sortie : illustrer une joyeuse embrassade entre acoustique et numérique, rendue possible par l’association de samples vocaux passéistes, de boîtes à rythmes et de synthés. On appréciera les vagues de funk et les sirupeux reverbs. 

En ce sens, le projet Daphni permet un enthousiasme que Caribou a distillé en latence sans jamais en forcer le trait. Et à ce titre, le LP s’écoute aussi bien à la maison que sur le dancefloor.

Ye Ye, 3e titre du LP, est résolument club. Ses incessants << yeah yeah >> et son rythme frénétique réfléchissent exactement l’état d’esprit anti- << EDM barfsplosion >> que Snaith semble defendre.

Quand au remix de Cos-Ber-Zam – Ne Noya, il est un juste retour de bâton de son passé de percussionniste quand Pairs, lui, combine Afro-beat (l’un des motifs les plus exploités sur ce LP) et synthés.

Mais si Snaith affirme à tout bout de champs que Jiaolong est un produit << de la spontanéité >>, on ne peut s’empêcher de noter un fil rouge bien présent, et très réfléchi – sans doute bien malgré l’artiste cérébral.

À l’arrivée, cette première sortie de Daphni est une juste symphonie de percussions agiles et de synthés moins introspectifs que ce qu’on avait déjà pu connaître avec Caribou. D’ailleurs, pourquoi avoir choisi le pseudonyme de Daphni ? << Pour la féminité des syllabes, mais aussi parce qu’en grec ça veut dire feuille de laurier, ce truc qu’on met dans les soupes pour qu’elles aient plus de goût >>. Et Snaith d’ajouter qu’avec ce projet, sa mission est de rendre la monnaie de sa pièce à << la dance music trop machiste >>.