On est souvent dérangé par la manière dont certains emcees sont propulsés sur le devant de la scène. Bien évidemment le talent est indispensable, mais on assiste aussi à une autre forme de reconnaissance bien moins talentueuse : l'autosatisfaction. Ça monte vite puis…presque plus rien. Beaucoup d'artistes sont touchés par ce virus. La clique d'Odd Future ou les New Yorkais de Das Racist en sont de bons témoins : des albums "indie" réussis, et le (quasi)néant officiel d'un point de vue artistique dès la signature sur un label. Puis avec l'adhésion du public solidement acquise, s'en suit l'autosatisfaction : "J'ai tout fait, je suis indispensable, et j'ai une belle casquette Supreme". À croire que l'image surplombe le talent. C'est un peu cette crainte qu'on a avant d'appuyer sur le bouton "play", pour découvrir le premier LP d'un groupe qui a fait parlé de lui lors de sa première mixtape.

 
 


Après les coups d'essai indépendants très bien reçus par le public, on se demande donc ce que qu'il va ressortir de ce premier LP du duo d'Oakland. Pour faire court, ce n'est ni une bouffée d'oxygène, ni une grosse taffe sur un blunt de californienne. Les prods de Main Attrakionz sont habituellement sélectionnées sur leur capacité à perturber la conscience et le psychique du public. C'est pourtant ce qu'on espère quand on entre dans leur univers. Malheureusement, Bossalinis & Fooliyones ne réussit même pas à faire planer le moindre neurone. Peut-être est-ce dû à l'absence des prods de Ryan Hemsworth, Clams Casino ou de Silky Johnson, des beatmakers qui ont affiné le style de Main Attrakionz sur leurs premières tapes. Prendre des risques, ou être prévisible? Mondre et Squadda B ont choisi la deuxième option et proposent donc la continuité de leurs précédents "albums sous-marins"




Globalement, on retient d'avantage un rap pour "bisounours fumeurs de ganja" plutôt que gangsta ! Certains tracks comme Cloud Life, Sex In the City ou Do It For The Bay (avec la très bonne intervention de Da Vinci) ont tout de même un lourd potentiel de déclencheur de libido, un sorte de rap à l'eau de rose mais assez efficace si on les prend au second degré. Superstitious et son beat minimaliste suivi de 24th Hour est le seul moment où l'on peut se dire qu'on à enfin atteint le sommet de cet album. Mais inspirez un bon coup car la descente s'annonce malheureusement très difficile : la plus grosse souffrance se situe sur Bury Me A Millionaire, où l'amateurisme de la prod couplé d'un flow insipide reste très difficile à digérer. Le terrain ultrakitsh eightees aurait pu être exploité plus largement pour créer une ambiance innovante et passer 70 minutes de plaisir auditif, à s'imaginer lézarder un après-midi ensoleillé sur un banc le long de Venice Beach, blunt dans une main et bière dans l'autre… Rien de ça n'est apparu.

 



La longue liste de producteurs et les feats qui s'enchaînent sur les textes de Mondre et Squadda B ne permettent pas de faire décoller l'album, ni de créer la moindre attraction pour ce premier opus officiel. Il leur faudra travailler encore un peu plus pour marquer d'une nouvelle pierre l'édifice du Hip Hop Californien. À moins que le souhait de Main Attrakionz soit de rester tranquille dans leur canapé, et sortir des mixtapes quand bon leur semble…Va falloir choisir les gars.

 
 

Benoit Filliat