En choisissant comme nom de scène Why?, Yoni Wolf ne devait pas se douter que cette interrogation resterait, près de quinze ans plus tard, toujours sans réponse.  « Pourquoi ? » est en effet la question que sa bande doit se poser tous les jours. D’ailleurs, cette question, nous aussi, on se la pose : pourquoi le triomphe, le vrai, celui qui transforme un groupe indé confidentiel en un groupe indé populaire, file toujours entre les doigts de cette formation géniale, adulée par la majeure partie de la critique spécialisée ?
 

On pourrait penser qu’il manque au groupe ce tube, celui qui agit en détonateur et sur lequel se base toujours les plus grandes success stories. Or, les tubes pleuvent chez Why?, preuve en est encore ce nouvel album, façonné comme jamais par la volonté de ratisser un public de plus en plus large – les mecs se permettent même de signer chez City Slang, au côté de vulgaires inconnus nommés Arcade Fire ou encore Nada Surf (visiblement des surfeurs). Mais que tout le monde se rassure : le pays du surf reste la Californie, et Yoni Wolf et sa clique ne l’ont pas oublié en signant un album guidé par l’appel du large.



Avec Mumps, etc., le groupe opère un juste retour aux sources en privilégiant peut-être ce qu’il sait faire de mieux, à savoir un hip-hop libéré de ses caractères sociaux que certains jugent arbitrairement comme naturels. Plus équilibré que les précédents LP, reposant sur de nombreux titres phares aux mélodies accrocheuses (Jonathan’s hope, Strawberries), Mumps, etc. évite les déchirures musculaires liées aux grands écarts de style: il préfère plutôt se reposer sur les fondations solides d’un genre qui n’a plus rien à prouver en terme de richesse musicale. Avalanche de sonorités pop où chœurs mélodiques (Thirst) et lyrics enragés (Bitter Thoughts) se tiennent la main, l’album est le fruit d’une production légère qui laisse les californiens s’exprimer en toute liberté.

 

Parfois, Yoni Wolf se mue en homme providentiel et donne l’impression de rapper sur une estrade face à une foule révoltée (Paper Hearts). D’autres fois, il cause de cancer dans une balade autant existentielle que paresseuse (Kevin’s cancer). Vous l’aurez compris : si le groupe évite les acrobaties en rangeant au placard l’electronica des précédents LP, la rage continue d’illuminer les punchlines d’un rappeur qui sait aussi chanter avec style. Héritière à la fois de Bob Dylan et des Beach Boys, la musique de Why? pourrait en ce sens se résumer à une rencontre amoureuse entre le hip-hop et le folk-rock.

 

Ce cinquième album est une victoire, celle des cuivres, des vents, de la mélodie, mais aussi de la gratte discrète et du flow mélancolique. Mumps, etc., c’est finalement le triomphe d’une musique à la carapace fragile et à la beauté fulgurante, une petite perle de l’abstract hip-hop et du boom-bap qui vient confirmer, une fois de plus, le talent de ce groupe indé qui court depuis trop longtemps après un succès qu’il mérite.


Bruno Rit