Dusty Rainbow From The Dark est né d’une idée folle, celle de la transgression des genres et de l’abolissement des frontières de l’art. D’un côté, la musique, évidemment, faite d’anachronismes et de sonorités nostalgiques propres au musicien français. De l’autre, le cinéma, sa puissance narrative et sa faculté à stimuler l’imaginaire. Car la quatrième expérience sonore du célèbre Wax Tailor est d’abord une histoire, celle d’un jeune enfant découvrant au fond d’une caisse de multiples vinyles qui forment l’album que nous écouterons. Disque-concept s’il en est, situé à la lisière de deux mondes, Dusty Rainbow From The Dark est ainsi défini par son créateur comme une sorte de conte musical dans lequel la narration et la musique ne peuvent être dissociées. Le ton est donné dès la première piste, Exordium, où la voix du célèbre Don McCorkindale – chroniqueur pendant 40 ans à la BBC – dévoile avec un pétillement enfantin l’histoire qui va nous être racontée.

 


Wax Tailor a toujours fait preuve d’une certaine authenticité dans ses productions : difficile en effet de lui définir un genre musical précis tant sa musique est le fruit d'une véritable mixité. Trip-hop, mais aussi électro, hip-hop et variété, le beatmaker a su mêler et démêler les genres pour bâtir au fil des années et des titres un style reconnaissable parmi tant d’autres.  Son nouvel album ne faillit pas à la règle, puisque ce dernier est composé d’ingrédients auquel l’artiste nous a habitués : des mélodies poussiéreuses propulsées sur des beats posés, le tout orchestré par des MCs au flow old shool. À l’instar des précédents albums, de nombreux artistes, et non des moindres, viennent aussi participer à la fête. On notera ainsi la présence remarquée d’Aloe Black sur l’émoussé Time to go, ou celle de Jennifer Charles qui vient saupoudrer le single Heart Stop de son érotisme romantique. Atmosphérique, le trip-hop de Wax Tailor reste avant tout une balade dans un monde faussement apaisant.



 

Paradoxalement, l’audace du conte musical se retrouve écrasée par le mécanisme bien trop huilé du disque. Les très nombreuses pistes qui le composent s’écoutent, certes, avec plaisir, mais manquent indiscutablement d’identité. Au risque de faire grincer des dents – et non des vinyles –, difficile de ne pas reconnaitre que Dusty Rainbow From The Dark est un disque anonyme, sans moment fort, construit comme un éternel plan séquence de près d’une heure. Et s’il ne fait aucun doute que le DJ français est un habile cuisinier du son, force est de constater que sa musique reste guidée par une volonté absolue, et frustrante, de convaincre sans vraiment se mouiller. Ce disque est juste bon, et on en oublierait presque qu’il se veut concept. Finalement, Wax Tailor fait, encore et toujours, du Wax Tailor.

 

Conformément à sa volonté de rendre hommage à la culture populaire – musique et cinéma, arts populaires par excellence –, l’album sonne logiquement très pop et s’écoute avec une légèreté assumée. La science exacte que représente le genre se déverse alors sans retenu dans les fragments que sont Down in Flames, Only Once ou encore No, titre étiré et lancinant où apparaît à l’horizon la possibilité d’un chaos. Chaos qui restera, malheureusement, en éternelle embuscade.

Bruno Rit