Il a la dégaine à animer une société secrète où des bougies se consument autour de pentacles et pourtant Holy Other n'a inscrit aucun sacrifice de vierges ou de chatons au menu de ce premier album.  De l'occulte, on ne conserve que le culte, via "Held", sa première cérémonie dont on devient fidèle dès les premiers rites.

 

Qu'elle fût longue l'attente (trois ANPE multiplié par huit Disneyland) depuis son premier EP (With U chez Tri-Angle) en 2007 où Holy nous susurrait plus de promesses qu'un présidentiable.  Que voulez-vous, si le gamin voile son visage au point de se confondre avec l'ombre c'est qu'il aime s'y terrer. Cinq ans dans le cas présent.

 


Retour en 2012, toujours chez Tri-Angle, la maison (de disque) hantée (OoOOo, Balam Acab, Vessel, Evian Christ…), avec un album court (comme un mauvais coït) et intense (comme un bon coït). Génie fantomatique (on ne le voit pas mais on le sent) aux productions semi-invertébrées, Held peut filer entre les doigts de son auditeur à chaque écoute, il le traverse inévitablement d'une empreinte glacée.



 

Dance music pour somnambules, Purple Drank footwork comme si l'Histoire musicale de Chicago s'était écrite sous codéine, post-dubstep screwed-friendly type James Blake des jours d'anémie ou Clams Casino chez Burial, ce Held affiche une certaine unicité qui pourrait (aussi) provenir de son processus de pondaison. "J'écoutais un paquet de merde et j'ai décidé un jour de mettre un terme à tout ça en composant ce que je ressentais sincèrement". Dans une des rares interviews accordées (un mélange de paranoïa et de timidité pathologique), Holy Other avoue ne rien avoir écouté pendant qu'il enregistrait son album, non pas par suffisance mais plutôt comme un jeûne pour se purifier.

 

Un enregistrement dont le processus s'est fait dans sa chambre qu'il considère comme un "vortex abyssal". Voyons en cette alcôve une influence majeure où il puise ce sentiment de claustrophobie et d'immensité. Holy Other parvient à mêler l'huile à l'eau puis à changer le tout en vin. Prodigieux.