En quatre albums, Matthew Dear a eu le temps de se chercher et de se trouver tout en égarant quelque peu son public. La faute à un curseur difficile à suivre, chancelant entre son amour pour la techno et Brian Eno. Sur Beams, Matthew a choisi de ne pas choisir, tant mieux, chez lui les ménages a trois fonctionnent mieux que chez Woody Allen.
 

Admettre son penchant pour Brian Eno et la techno, c'est comme confesser que l'on aime le sex et le vin rouge, cela fait de vous un homme de plaisirs simples. Avec de la pratique et du discernement, vous passeriez même pour un individu en quête de volupté. Nous sommes donc en bonne compagnie avec Matthew Dear, crooner expressionniste épris du génie chauve de l'ambient et de spécialités carte postale de Detroit.



 

Eno tout seul, Eno chez Talkings Heads, Eno chez Roxy Music, Dear l'aime partout et avec tout le monde. Dans Beams, il l'aime surtout chez David Bowie. La pop moderne avait dû lui foutre la paix à peu près trois semaines, Matthew Dear ressort la trilogie Berlinoise des fonds de tiroir, pour en proposer une version soluble dans la techno. Ça, c'est le côté somnambule de Beams, en ce qui concerne ses terreurs nocturnes, c'est du côté de l'expressionnisme qu'il faut palper. De sa pochette qu'auraient pu signer Kokoschka ou Soutine, à ses visions angoissées, Dear produit un album de genre inconsciemment aux visions déformées par ses pulsions.



 
Avec un phénomène d'attraction/répulsion comme deux jambes allant vers différentes directions et des citations Pasoliniennes où le désir et le macabre s'étreignent comme des lapins, Beams permet à Matthew Dear d'économiser des frais de psychanalyse en nous gratifiant d'une radiographie délicate et brutale de son psychisme. Morissey disait : "Si j'avais consulté un psy, je n'aurais jamais connu une telle carrière", chose valable pour Dear. Tant qu'il se tiendra éloigné d'un psychanalyste, nous aurons de beaux albums.