On ne présente plus C2C, groupe nantais quadruple champions du monde entre 2003 et 2006 du DMC, célèbre compétition de DJs. Le quatuor, composé des Beat Torrent et de deux membres d’Hocus Pocus, n’a donc pas attendu la sortie de Tetra, son premier véritable album, pour se faire connaître. Plus tôt dans l’année, le groupe présentait déjà "Down The Road", un premier EP très sympathique regroupant cinq titres aux influences très diverses, allant du jazz au hip-hop, en passant par la soul. Profitant d’un véritable buzz, la musique de C2C fit rapidement le tour des radios, des émissions TV et autres spots publicitaires. A moins d’avoir vécu totalement coupé du monde ces dix derniers mois, difficile, donc, de ne pas avoir entendu, de près comme de loin, la musique électrifiante des quatre DJs nantais.

L’album était ainsi très attendu, surtout que l’exercice du grand format se révèle particulièrement difficile – pour ne pas dire casse-gueule. C2C l’a bien compris et n’a pris que peu de risques avec Tetra, disque inévitablement surfait, surproduit et survendu par une presse généraliste ébahie par tant de hits. Riche de 14 titres, Tetra représente en effet une véritable succession de hits plus fades les uns que les autres, rentrant chacun dans une case parfaitement définie. D’ailleurs, le groupe ne se cache pas de ce choix artistique regrettable : « notre volonté est de toucher un maximum de gens » affirme clairement Pfel. La mission est réussie : C2C passe désormais sur NRJ.

Dans cette logique commerciale, nous retrouvons sur l’album quatre des cinq titres de l’EP sorti neuf mois plus tôt. Une façon très simple de l’approvisionner en morceaux testés et approuvés par les auditeurs, comme le montre le nombre important de visionnages sur YouTube. Une façon aussi de faire passer à la caisse deux fois plutôt qu’une. Mais ne vous inquiétez pas: Down the road, The Beat ou encore Arcades restent des morceaux de qualité, techniquement maitrisés et particulièrement accrocheurs. Le passage de l’EP à l’album s’est donc bien déroulé. Ouf, nous avons eu chaud.

Pour le reste, c’est-à-dire les nouveaux titres, les vrais, il y en a pour tous les goûts, ou presque : du scratching, du hip hop, de la soul, quelques zestes de dubstep – même si C2C, dans ce sens, n’est pas allé aussi loin que les barjots de Muse –, un peu d’électro à droite, un peu de jazz à gauche. Le problème ne vient pas du métissage de l’album – ne me traitez pas de communautariste – mais plutôt de la superficialité de ses composantes : tout est trop simple, trop plastique, trop lisse pour réellement convaincre. Et ce n’est pas les présences de poids lourds comme Pigeon John ou Jay-Jay Johanson qui viendront modifier cet amer constat. Finalement, la prise de risque est nulle contrairement à la manipulation qui, elle, est totale. Dommage, car le groupe, vraiment excellent en live, pouvait largement mieux faire que cette succession incessante de beats. Tetra, ou le paradigme de l’easy listening dans sa plus laide apparence.

Bruno Rit