Il a une dégaine à avoir inventé Twitter mais Dan Deacon a préféré incorporer les 140 caractères à sa musique. Depuis Bromst, son visage joufflu incarne tellement bien le génie que "deaconien" est devenu un adjectif. A l'instar de Mitt Romney, mais sans débattre sur l'avortement, Dan bouscule sa contrée dans son (déjà) dixième album "America". Un chef d'œuvre intégral dans lequel on rentre hélas comme dans de l'eau bouillante.

 

Depuis Spiderman On The Rings, et surtout Bromst en 2009, Dan Deacon a dessiné la silhouette d'une esthétique tranchante comme un coup de hache. Et quoi qu'en dise une presse acquise à sa cause (à juste titre et dont nous faisons partie), pour le public gavé à The XX et Metronomy, sans clés de lecture ni carte pour se repérer, il est délicat de rentrer et aisé de s'égarer chez Deacon.


 

 

Quoi qu'il en soit, depuis la B.O de Twixt (de Coppola), sa symphonie du désordre soluble dans l'acid a pris du plomb dans la cervelle et s'est élevée à hauteur américaine pour peindre et apprivoiser la mythologie épique du pays dans son ensemble. A l'image de son pays et du tour de taille de son auteur, America est bigger than you. En neuf titres, Deacon balaye l'entreprise de Sufjan Stevens (un album par état), avec sa walkyrie abstraite chevauchant à travers les grands espaces américains, accidentée comme ses rocheuses, fascinante comme ses canyons (ou l'inverse).



 

Il aura fallu attendre le dixième album pour découvrir en Deacon un Wagner de la pop clavière. America fait cohabiter en un même seing des Sufjan Stevens, Crystal Castles, Fuck Buttons ou The Field, le genre d'événements à provoquer des saignements de nez chez Pitchfork. Moins brutal que ses prédécesseurs, plus lisible et porté par un thème poussant à la grandiloquence, Deacon tient ici sa grande œuvre. Il a voulu l'avoir, il l'a eu : America.