Il y a dans la tête de Geoff Barrow une machinerie infernale (non, ne chante pas Axel Bauer), pour ne pas dire une usine à gaz, qui l'amena à conduire Portishead sans sortir de piste, produire un album de Hip Hop (Quakers) long de 41 titres sans nous faire bailler et à ériger un projet inspiré par Judge Dread ("Drokk") en estompant les préjudices de Stallone. Nouvel exercice de l'école du Barrow, ce >> affirme que l'on n'a pas fini d'être surpris par le kraut de Beak.

 


Portishead pourtant ménopausé artistiquement depuis quatre ans (d'aucuns diront quinze), Geoff Barrow n'a jamais semblé aussi stimulé intellectuellement que depuis qu'il navigue en solitaire. Au grè de ses caprices, il peut composer un album de hip hop de 41 titres invitant pas moins de 35 MCs différents (Quakers), produire un LP de The Horrors (Primary Colors) ou devenir le pygmalion d'un iceberg (Anika). Pour ce deuxième volet intitulé >> (prononcer "forward" : avancer), Beak se synchronise avec une partie de l'Europe en appliquant une politique d'austérité d'une rare rigueur à ses titres.



 

Produit avec la peau sur les os, >> est le deuxième paragraphe de cette lettre d'amour que Barrow adresse au krautrock et à Can depuis une demi décennie. Ce même Can qui déclarait au temps jadis que "la restriction est mère de créativité", adage auquel Beak colle comme un pervers du métro. Logiquement, quelques notables de l'Histoire de la pop décharnée ont été conviés comme le post-punk et la musique synthétique, offrant un os à moelle des plus sophistiqués. En somme, même si on ne verra pas de nouveau Portishead avant dix ans, Barrow a encore sous le coude de quoi nous distraire.