Il y a eu la french touch, puis la french qui ne touchait plus grand monde. Aujourd'hui, la scène électronique française se porte à merveille. Merci pour elle. Pour preuve, juste après que Para One nous dessine ses "souvenirs du futur" via l'admirable Passion, sort le premier LP de Strip Steve, un Bordelais de 24 ans qui dès ses premiers pas bat des records au 100m. Dilapidant l'héritage de Détroit avec intelligence et clamant qu'en 2012 "Funk's Not Dead", Micro Mega enterre l'idée qu'une techno d'auteur est un oxymore. Chronique et écoute en avant-première.

 

En 1752 (cette chronique commence curieusement, je vous l'accorde) tandis qu'il réside à Berlin (lui aussi) Voltaire écrit "Micromegas" un conte astral de la série des voyages extraordinaires.




260 ans plus tard, en 2012, tandis qu'il réside à Berlin, le Bordelais Strip Steve compose "Micro Mega", une dance music astrale de la série des raves extraordinaires. Même si aujourd'hui, cela se déroule entre un after au Berghain et un set au Watergate, Berlin est toujours une source d'excitation pour le français de passage. Au milieu de cette ruche pour la création contemporaine qu'est la capitale allemande, Theo Pozoga (de son vrai nom) a atterri dans ce qui ressemble de plus en plus à l'ambassade de la techno française locale : Boys Noize Records. Au milieu de Shadow Dancer, Bobmo (aussi chez Marble), Das Glow, Petits Pilous ou encore Djedjotronic, Theo n'a pas encore eu le temps d'apprendre la langue mais il parle allégrement la techno locale. Même mieux en fait : Strip Steve renouvelle son vocabulaire.

 

Avec son nom à faire tourner des barbus sur des barres de lap dance, à première vue, on n'aurait pas parié un kopeck sur Strip Steve. Et pourtant, depuis son premier maxi chez BNR, "Skip School", Strip Steve (on n'abrègera pas S.S, vous comprendrez volontiers) impressionne par sa boulimie encyclopédique et surtout sa capacité de digestion. DJ depuis ses treize ans, Theo est déjà une éponge bien rodée ayant absorbé des kilomètres de production. C'est l'essence de cet album sachant marier l'authenticité à la fraîcheur et l'urgence naturelle d'un premier LP. Via Micro Mega, Strip Steve instaure ses propres codes en citant les légendes (Todd Terry époque Jumpin et l'increvable Chicago House), sa famille adoptive (le clan BNR a un gros impact sur lui, Boys Noize en tête), ses racines (la techno de Laurent Garnier ou Mr. Oizo, la house de Daft Punk ou l'attitude banger des compagnons de Pedro Winter) le R&S Records d'aujourd'hui (Blawan / Lone) ou encore le son de Cologne (Wolfgang Voigt et Michael Mayer).

 

Une techno maximale loin de la carte postale Berlinoise, truffée de funk à chien en chaleur, restant fidèle aux codes du genre tout en dessinant une dance music d'auteur vouée à être paraphrasée par la suite.

Après avoir mit Strip Steve à nu, que dire si ce n'est que Micro Mega (et son allusion mathématique) porte élégamment son nom : il emmène son auteur de l'infiniment petit vers l'infiniment grand.

 

Et maintenant savourez "Micro Mega" en avant-première avant de pouvoir vous le procurer le 16 Juillet prochain.