Après un nombre d'infidélités comme rares sont les bordels qui en comptent autant (The 2 Bears, New Build, About Group, sans compter les featurings ou autres productions à destinations variées) Hot Chip revient en couple avec un cinquième album où l'on reprend tous les fondamentaux pour en bâtir des Cathédrales. Une oeuvre ras-du-culte tant dans sa matière inoxydable que dans son sous-texte religieux.

S'il a causé des aigreurs d'estomac à une grande partie de leur fanbase (et au-delà), "One Life Stand", leur précédent album, prenait un tournant intéressant. Du stade de MacGyver ultime de la pop aux bricolages de surdoué des louveteaux, Hot Chip devenait ministre du redressement de la production. Si l'odeur de Cajoline et de fleur bleue pouvait irriter les sens, force était de constater que One Life Stand était monté sur une arme de construction massive tenant autant des harmonies de Neil Young que de la Chicago House. Là était l'époque du changement.



Avec In Our Heads, fini les plaisirs simples de la vie, les soupirs dans les fleurs, les chats, l'amour fraternel… Le positivisme de ravi de la crèche, en somme. Hot Chip se repait désormais d'ambigüité pour amateurs de mélodrames pudiques et de grandiloquence intime. Animés par quelque chose de plus grand qu'eux, produisant quelque chose les dépassant, In Our Heads et son sous-texte religieux aussi omniprésent que discret, abordent l'Amour, toujours, mais Céleste cette fois-ci. Avec des textes tels que "A church is not for praying/ It's for celebrating the light that bleeds through the pain", on ne sait pas quelle mouche les pique mais on sait quelle (genre de) grâce les touche.

Mais alors quoi? Hot Chip est-il une arme secrète du Vatican pour guider les brebis égarées vers le droit chemin? À la sortie du club, l'after se déroule t-il désormais à la messe? Oui et non. Surtout non, à vrai dire. Composé en période de crise, peut-être avec le sentiment d'être abandonné par le prince et ses faits, Hot Chip s'en remet à plus haute autorité. Et puis l'envie de croire à quelque chose, l'Amour, la famille, la fraternité, dans un contexte d'ordinaire ciblé sur le ludique ou l'unique croyance en soi et en l'instant présent, crée un choc thermique fascinant. In Our Heads, c'est toujours Hot Chip et sa pop de célébration, mais sans gueule de bois ou autres plaisirs terrestres. Un album presque Gospel dans son ambition, qui se chante et s'écoute les bras ouverts et les yeux rivés vers le ciel, en attendant d'être touché par la lumière.



Lorsque l'on est porté par ce genre de sentiments, que l'on a accédé soi-même au rang de culte (via une apparition dans les Simpsons, par exemple) comment (et pourquoi) ne pas se permettre de dépasser les bornes? En son of a kitsch qu'ils ont toujours été, les Hot Chip synthétisent l'essence de leur discographie (déconstruction / bricolage / kitscherie) tout en jouant avec les déchets d'antan. Un tri sélectif absurde et au mauvais goût aussi prononcé que bien assumé où l'on trouve du produit périmé (Bronski Beat, The Communards, Pet Shop Boys ou le soft-rock de Rod Stewart), du recyclable (l'acid house, növö-disco, la funk ou la pop à papa) ou du tout frais (la bass music).

Exercice délicat que de se rouler dans la crasse pour en sortir avec classe. InOur Heads s'en tire haut la main. Ce cinquième album dévoile un groupe continuant à se surprendre lui-même, une poubelle sur les genoux et une capacité à transformer le Merlot en divin. La plèbe était déjà à genoux devant eux, Hot Chip est désormais prié de continuer ainsi.