Les traversés du désert constituent souvent une bonne occasion de se perdre. Et dans le meilleur des cas se retrouver. Voilà six ans que Carsten Aermes avait sombré dans le ventre mou de la production, à composer des anecdotes erratiques sans tripes, ni âme ou estomac. Puis vint 2012, le dubstep, l'appel de Londres auquel Phon.O a répondu avec le très empesé mais tonitruant "Black Boulder".  
 

J'ai bien connu un Berlinois qui maniait tellement bien l'anglais qu'un jour, lors d'une discussion anodine, son interlocuteur mit vingt minutes à s'apercevoir qu'il venait de la même ville et partageait la même langue maternelle. Un mimétisme parfait du langage. 


C'est l'effet que procure "Black Boulder", ce "rocher noir" perdu dans le fog londonien. Un album de dubstep réalisé avec un tel mimétisme qu'on jurerait qu'il n'a pas été produit par un Berlinois. Avec un peu d'attention, vous noterez toutefois un léger accent de techno allemande, mais rien de suffisamment conséquent pour trahir ses origines. Cousin germain du dubstep dans sa composition, Black Boulder est fait du même marbre que l'ambiant-step de Burial, tout en éludant l'atmosphère de sépulture et en remontant l'ensemble sur une mécanique spartiate et martiale, spécialité Berlinoise depuis une décennie. C'est sur ce même patron que Phon.O tisse tout son album, un algorithme efficace mais quelque peu rébarbatif dans ses aspects "productions en série". 

 

 "Black Boulder" n'évitera pas non plus de temps en temps l'écueil du producteur sur le retour, avec quelques facilités d'arrangements – arrachées au guide du "hit dubstep en dix leçons" – ou des mélodies de rabatteurs justement (et hélas) pillées chez SBTRK. Si Phon.O produit comme un curateur – type hyper cultivé et collectionneur s'émancipant difficilement des codes qu'il pose – ce troisième album restera néanmoins une belle preuve que la résurrection existe. Et en beauté.