Un triangle pour totem, un raccourci-clavier comme nom de guerre et des comparaisons par tractopelle à RadioHead… Alt-J le confirme avec son premier album : "le geek, c'est (toujours aussi) chic". "An Awesome Wave" tire ses géniteurs du creux de la vague et fait briller le "blues de l'informaticien" dans la constellation du cool.

 

Le groupe se nomme ∆ mais vous pouvez, à votre guise, prononcez Alt-J. À jouer avec les triangles, on a d'abord pensé que les francs-maçons étaient parvenus à infiltrer la pop. Puis, logiquement, il nous est venu à l'esprit que ce triangle pouvait annoncert un groupe de plus s'auto-hipsterisant pour être reconnu par les siens depuis les têtes de gondoles des rayons frais. Et en réfléchissant une seconde, on se dit que si Alt-J se nomme Alt-J, c'est que le groupe doit s'asseoir au sommet du mont geek et qu'il utilise simplement (mais il fallait le savoir) le symbole mathématique du changement. Un tantinet prétentieux mais plutôt approprié.



Etonnement comparé à Radiohead (à outrance), Alt-J n'a pourtant pour unique point commun avec Thom est potos (outre l'Angleterre) que cette main de velours dans un gant de fer :  une capacité à laisser s'épanouir une hyper-sophistication dans un cadre rigide jusqu'au spartiate. La force mélodique de Alt-J c'est ce lyrisme qui bouillonne en cage, ce sentiment larvé qui n'éclot quasiment jamais au sein de productions aussi sèches qu'une gifle mais aux bras grands ouverts.



Qu'ils sont loin les Radiohead lorsque Alt-J cite le post sans le punk de Devo ou le hip hop progressif middle-class type Anticon (surtout Why?). À la limite, on peut cerner un certain héritage lorsque Alt-J échange avec ses voisins de rayonnage, partageant la pop molle de Django Django ou le lyrisme d'Opéra ordinaire d'un Wild Beast.


Moins ordinaire, quant à elle, est la ferveur avec laquelle Alt-J s'attaque à des sujets peu courus dans leur domaine comme l'ivresse ressentie à la lecture d'un chapitre de Last Exit To Brooklyn ("Fitzpleasure") ou l'histoire d'amour de deux reporters de guerres (Robert Capa et Gerda Taro dans "Taro"). Alt-J a bel et bien pris une tangente dans une pop actuelle parfois trop routinière. Finalement le choix d'un nom lié aux mathématiques est judicieux : Alt-J est un groupe avec lequel il va falloir compter.