Tous les ex-footballers ne finissent pas en slip chez Calvin Klein ou débiteurs de banalités pour une chaine sportive. Avant d'être Actress, notre sujet du jour était Darren Cunningham, un joueur pro de Premiere League (La ligue 1 Anglaise pour nos camarades footophobes) reconverti en producteur hors-norme après une blessure au genou il y a plus d'une décennie de cela. Il sort ce mois-ci "R.I.P", son troisième LP qui pousse l'expérience sensorielle si loin qu'il remporte la palme du meilleur Actress. Merci pour lui.

 

Le jour où Darren Cunningham s'est brisé le genou a été une bénédiction pour l'électro. Si l'incident a mis un terme à une carrière professionnelle probablement brillante – qu'il l'amènerait à l'heure actuelle à croupir dans un cimetière d'ancienne gloire type Qatar – il aborde souvent lors d'interviews le fait d'avoir eu la "chance" (dans son malheur) d'être blessé jeune (19 ans) pouvant ainsi reprendre des études. Effectivement, moins de dix ans plus tard, il sort son premier album Hazyville, au succès d'estime purement critique, préliminaire à Splazsh, son deuxième LP, qui fera circuler le nom d'Actress dans les milieux (un peu moins) initiés.

 


Techno mais pas vraiment, rave par héritage et 2-Step inconsciemment, depuis ses débuts Actress peut être n'importe où et nulle part à la fois. Une production dans chaque port avec pour seule boussole cette optique d'une expérience intérieure. Si l'on avait remarqué que l'ancien footballeur savait se servir de ses mains, Cunningham marque aujourd'hui des points de la tête. Sur ce troisième album, sa techno à ressentir comme un pouls sous la peau gagne du plomb dans la cervelle sans en prendre dans l'aile. Jouant désormais avec des fréquences que votre animal de compagnie ressentira surement autant (si ce n'est mieux) que vous, toujours produit sans mettre les coudes sur la table – avec finesse, élégance et distinction – Darren s'éloigne encore un peu plus de la vision minimale de ses confrères germaniques. Lorsqu'eux aiment à dépouiller jusqu'à l'os, lui à l'inverse, désosse pour ne conserver que les chairs. Une obsession de la matière, de la texture et de l'électro à toucher qu'il partage avec son compatriote Burial, sans l'aspect sanctuaire à faire somnoler les insomniaques.

 


Si le côté catéchisme ("ChristianStep"?) de R.I.P – avec sa prétendue lecture rave de préceptes bibliques via des titres quelques peu connotés (Ascending / Holy Water / Shadow From Tartarus / Tree Of Knowledge / Caves Of Paradise / The Lord's Graffiti…) – n'est pas tout à fait lisible, une chose est certaine : pour pondre un objet aussi intelligent, Actress a été touché par la grâce.