En quatre albums, Beach House apparaît comme très (trop?) inspiré par le mouvement des vagues : à chaque fois que notre « maison de plage » s'en va, c'est toujours pour revenir sur ses traces. Avec "Bloom" la marée est montée d'un cran et même s'il s'avère que Beach House ne prend pas (encore) l'eau, le groupe surnage.

 

Lorsque Beach House n'était qu'une petite maison dans l'indie, une cahute de charme sur la plage bricolée avec trois bouts de ficelle, de la lo-fi et toute la sincérité du monde, elle brillait par sa fragilité, sa désuétude et paradoxalement sa force de résister à l'érosion.

 

On ne rentrera pas dans le nostalgisme snobinard voulant que Beach House fût fatalement mieux avant, lorsqu'il résidait à l'ombre des gros buildings de la pop indé. Problématique amorcée dès le troisième album et confirmée avec le quatrième, Beach House s'est constitué prisonnier de son propre héritage, le duo n'a jamais cherché à agrandir la bâtisse pour s'aventurer sur un nouveau terrain plus risqué préférant renouveler uniquement la déco d'intérieur.




D'ailleurs, Alex Scally avouait récemment dans une interview pour Pitchfork qu'il "déteste les groupes qui changent (évoluent) entre chaque album". La réflexion est tout à fait valable si un groupe sait se répéter sans s'imiter mais chez Beach House, la nuance est poreuse. Car chez Beach House, si la vue d'une plage sous la pluie est toujours imprenable, leur pop de chambre commence à sérieusement sentir le renfermé. Il était donc grand temps de nettoyer et surtout aérer un temps soit peu en s'offrant des arrangements neufs.


 


Oui, outre Le dernier titre "Irene" (du John Lennon à l'ère du post-rock) Bloom fait radoter un Beach House qui n'ajoute que très timidement "grandiloquence" ou "sophistication" à son vocabulaire. Finalement, ce quatrième album nous fait penser à la nouvelle pub du Musée D'Orsay d'après les travaux : "Nous avons tout revu à Orsay, tout est à revoir". Il s'agit toujours des mêmes œuvres (magnifiques) simplement mieux agencées. Mais toujours les mêmes œuvres. Le poumon est bientôt cramé, Beach House devra fatalement chercher un nouveau souffle.