Peut-être est-ce par repentir vis-à-vis de son précèdent LP où il se roulait dans la luxure ("Sexuality") que Sébastien Tellier souhaite désormais se rapprocher des autorités célestes? Rien n'est moins sûr. Seules certitudes, Tellier est back in blue comme Michou et, entre ivresse et dogmes f(l)ous, ce quatrième album est imbibé de vin de messe. Mais si Seb ça a toujours été bien, cette Alliance Bleue fera t-elle de lui un Pape de la Pop?


Sébastien Tellier, la grande Pop, le succès, l'Eurovision, la drogue. Pas l'enfer de la drogue, non, le Paradis plutôt. Lors d'un trip à L.A, Tellier a eu des visions et quoi qu'on puisse imaginer autour de ce nouvel album, "My God Is Blue" est avant tout une séance-diapo constituée de flashbacks de son paradis perdu.




C'est ça l'Alliance Bleue, un groupuscule aux théories inspirées par ce pays merveilleux (comprendre "l'acide") et dont "My God Is Blue" serait la vitrine. Une fantaisie à deux temps puisque cette Alliance Bleue est autant un moteur pour ce quatrième album qu'un gros lot de bâtons dans ses roues tant elle peut entacher sa beauté. Dernière pièce du décorum, puisqu'il faut une tête pensante, ou du moins un visage à cette Alliance Bleue, Tellier tient à jouer au gourou (crevé). On l'imagine volontiers, avec toute sa bonhommie de Collargol sous colle, Sébastien n'est pas le genre à vous raquer les fonds de poches ou à vous anéantir l'identité. Seb a simplement un message. Mais le réseau doit être saturé, nous n'avons pas tout reçu.


Et quelque part, on s'en fout, l'essentiel n'est pas là. My God Is Blue est un reboot de karma pour Tellier et surtout une renaissance esthétique. À l'instar de chaque épisode où il traite les fondamentaux avec singularité – la politique dans Politics, la sexualité dans Sexuality, la famille dans L'Incroyable Vérité – Tellier dessine ici ses visions de la religion. Dans My God Is Blue, Tellier part en croisade pour convertir les masses à son Alliance Bleue, et comme on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, il fallait en conséquence un album bigger than life. L'album commence donc sur une première messe, un premier Ostie, le Pépito Bleu, sorte de visite de Gainsbourg au Vatican dans un monde où Era serait une idole des JMJ.


 Le reste de l'album tablera sur la même grandiloquence mais côté son of a kitsch avec des citations à peine voilées de Polnareff ou Aphrodite Child autant que de Dennis Wilson, Crosby ou l'Italo-disco. Une touche de ridicule, de désuétude (à l'instar de Russian Attractions et sa production digne d'un titre de Destiny's Child ou Against The Law et ses histoires de coiffeurs absolument absurdes) tellement assumée qu'il rien voir d'autre que du cheap chic ou un vœux de pauvreté (artistique) spontané. Mais à temps partiel. Car le reste du temps, il y a Mr. Flash, le producteur qui a eu la lourde tâche de prendre la suite de Guy-Manuel De Homen-Christo à la place du co-pilote. S'il n'est pas le producteur de sa génération (quelques remixes notamment pour Kanye West ou Oizo, une poignée d'EPs et des productions pour TTC et Mos Def) Flash fait néanmoins preuve de tact, sait être discret/humble lorsque la situation le réclame et surtout taille systématiquement des productions sur-mesure. Si My God Is Blue est produit comme une pub pour friandises des 80's, c'est grâce à lui. Et c'est tout à fait salutaire à l'album. Lui aussi est un enfant du kitsch, il sait aider un OVNI à maintenir son cap.

 

 



Comme Klein, Picasso ou Miles Davis (bon ok, Besson et James Cameron aussi) Tellier connaît sa période Bleue. Si chez les mythes susmentionnés, cette période est synonyme de trouvailles, chez Tellier, c'est une phase de perte absolue. Le genre de celles où l'on se tournerait vers le divin (justement, tiens). Mais par perte, il faut moins entendre l'égarement que l'abandon. Sébastien, guidé par quelque chose qui le dépasse, se laisse aller, s'en remet moins à sa réflexion qu'à l'essence même de cet album : ses croyances. Dans cet album, Tellier est à l'opposé même d'un raisonnement tangible, il est dans le sentiment, la ferveur pour un Dieu Bleu, il ne pouvait pas s'acquitter d'une œuvre dénuée d'ésotérisme et transformer l'eau en vin (et inversement) sans pouvoir fournir d'explications.

 

Tout est bleu chez Tellier, sauf le sang. Si cette quatrième oeuvre n'est pas la plus noble, elle n'en reste pas moins la plus aboutie.