Always est son neuvième album en une quinzaine d'années de carrière et nous ne sommes pas mécontents d'annoncer que Jamie Stewart n'a pas passé l'arme à gauche. L'auteur de Dear God, I Hate Myself  (en 2006) nous a habitué à l'écriture la corde au cou, la pop comme catharsis, un individu tellement borderline que l'on a peur qu'il nous lâche avant la fin du titre. Always, neuvième mini-mort, neuvième renaissance où, comme l'indique cette pochette tatouée, la douleur lui collera à la peau ad vitam aeternam.  
 

Tenter de ranger la musique de Jamie Stewart, c'est forcément se planter. Plutôt que de s'échiner à apposer un nouveau mot-clef sur un groupe sans serrure, il vaut mieux considérer chaque nouvelle œuvre de Xiu Xiu comme un nouveau chapitre aux mémoires de ce (plus tellement) jeune homme inrangeable, dérangé, dérangeant.

 


Qui sait où serait Jamie Stewart sans son imprononçable catharsis ("Tsiou Tsiou"? ou "chouchou"?) à cette heure-ci. Ruche à angoisse bourdonnante, Xiu Xiu tire sa force, son intensité, du délabrement moral de son auteur. Souffreteux mais hyperprotéiné, Xiu Xiu donne du corps à la douleur. En presque dix albums, c'est toujours elle sa muse logée dans ses tripes, qui hurle à la lune et malmène le rafiot. Xiu Xiu est un colosse tenant sur les pieds d'argiles de Stewart, toujours en duel constant avec son auditeur pour savoir qui le premier va craquer.

 

Toujours cette même pointe d'émotion à l'annonce d'un nouveau Xiu Xiu. Toujours cette même envie d'annoncer que "ce nouvel LP est le meilleur depuis Fabulous Muscle". Dans le cas d'Always, c'est presque vrai. Souffrance sismique de 8,2 sur l'échelle de Xiu Xiu, Jamie traduit le bordel ambiant en son fort par des harmonies chromatiques faussées. Un écho à la zone de turbulence perpétuelle dans laquelle notre Stewart est retenu, logeant Always dans un archipel artistique loin des terres fréquentées. Si le maniaque de l'ordre pourra néanmoins se rassurer en qualifiant Always de pop, de synth ou de shoegaze, ce neuvième album est bourré de tiroirs à double-fonds. Dans un des recoins les plus sombres de ce lieu commun qu'est l'art-rock, Xiu Xiu incarne l'indus avec supplément d'âme, renouvelle la tradition bruitiste en sophistiquant ses contours et maquille toujours ses bleus pour les mettre en valeur.



Celui qui inspirera toute une génération, Perfume Genius en tête, continue à mettre des coups de pieds dans la fourmilière. Toujours inscrit dans la dynamique de provocation ("I Luv Abortion" arrive comme un électrochoc sur la soupe dans un pays qui parle chaque jour un peu plus de supprimer le remboursement des moyens contraceptifs), Stewart est néanmoins désormais plus précis, plus éloquent, plus emphatique. ("Beauty Towne" qui vaut à elle seule l'acquisition de l'album). Une fois de plus, Xiu Xiu s'affirme comme la voix absolue de la colère larvée, de la douleur sourde. Et avec Always, il proclame qu'il le restera à jamais.