Lorsqu'en 2010 un ermite barbu, vivant dans une caravane aux abords de la Californie, offrit au rap sa soul de chaman, toute la génération (à 97%) ayant grandi avec l'hip-hopium de Madlib trouva en lui un nouveau digestif pour décuver ses acides. Gonja remet le couvert avec un faux-jumeau du premier et au lieu de se lasser, on se dit que Gonja est le genre d'artiste à qui on demande de ne pas changer. 

 "Pourquoi une vieille dame parle dans ma tête?" C'est en ces termes que ma petite cousine Dolores décrit la musique de Sufi. Si ça ne vous gêne pas, nous allons pousser l'investigation un tantinet plus loin. Bien entendu, tout en gardant en tête la pertinence de la réflexion de Dolores.

 Quelque part, avec MU.ZZ.LE, Gonja nous chante "je n'ai pas changé". Et quelque part nous lui répondons : "tant mieux". En même temps, si Gonja enfile toujours volontiers son costume sur-mesure de sorcier du hip hop, il semblerait que le Sufi souhaite désormais incarner aussi le héraut de sa discipline. Oui, Gonja a des choses à nous dire et si MU.ZZ.LE se nomme ainsi c'est que Gonja se sent (et s'est senti) lui-même muselé durant toute son existence aux Etats Unis. Un tantinet plus opiniâtre mais toujours inoffensif, une fois la muselière tombée, Gonja a gagné en mordant, même si (rassurez-vous) ses productions – réalisées aujourd'hui par ses soins – sont toujours bonnes à vous faire rouler des deux feuilles.

MU.ZZ.LE est la plus pure descendance du premier album. Si ce deuxième album est toujours celui du bon usage du LSD en Hip Hop, fini l'époque où ça planait pour Gonja, MU.ZZ.LE est l'album d'un atterrissage réussi. Si le catalogue de titres aurait mérité une trame narrative et une osmose plus prégnante, avec MU.ZZ.LE, Gonja a néanmoins ouvert un deuxième chapitre plus court mais tout aussi intéressant que le premier. Et nous, ça nous Sufi.


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