Lana Del Rey ou la difficulté d'être une femme libérée en 2012. La triste fable de l'American Dream qui n'était qu'un dream : Lana aux pieds d'argile s'est effondrée en moins de temps qu'il n'a fallu à l'ériger.

 

On ne le sait que trop bien, le buzz est ce ballon qui se gonfle très vite et peut éclater à tout instant. Ou lentement se dégonfler. Lana Del Rey répond à cette deuxième catégorie. 

 

Vous comme moi avons le souvenir ému de la première écoute de Video Games, sorti Juin 2011. A l'époque trois pauvres photos floues et encore moins d'infos circulaient sur elle. Nous savions qu'autrefois elle avait été Lizzy Grant chanteuse pour amateur de Budweiser à l'art aussi fade et peu pétillant que la bière susmentionnée. Nous découvrions aussi que Lizzy est tombée entre de "bonnes" mains (tout est relatif) : celles de managers, déjà, puis celles de chirurgiens où elle devint Lana. 


 

Via ses lèvres dont on ne cessera plus de parler pendant des mois, Lana Del Rey chante parmi ce que 2011 a connu de mieux : Video Games. Elle s'autoproclame d'emblée comme la "gangsta Nancy Sinatra" de l'ère iPod, on y croit dur comme du Placoplatre et si Robopop, sa harpe et sa MPC restent à la production et que son futur label ne concoure pas pour le maillot à pois de la montée fulgurante, Lana devrait produire quelque chose d'intéressant.

 

Lana est le stigmate d'une génération qui a besoin d'icône. Plus charismatique que Britney, plus hygiénique que Winehouse, Lana c'est l'Américaine Wasp, chic, éduquée, réservée et à la plastique fantastique. Bref, Lana occupait une des dernières places vacantes de la collection Barbie pop 2000. 

 


Comme le buzz doit être battu tant qu'il est chaud – quitte à faire de Lana de la déco pour têtes de gondoles des rayons pop – premier mauvais signe, l'encre coule mais au mauvais endroit: refaite ou non? Produit marketing ou artiste sincère et autonome? Des questions tout à fait pratiques tant on n'aborde pas le fond du problème : les singles de Lana Del Rey se cassent la gueule chronologiquement. Peu importe, car en exclusivité, nous avons retrouvé des photos de Lana avant le collagène.

 

Désormais la photo compte autant, si ce n'est plus, que la production artistique de ce premier LP. Tenir dans la même main, l'intello, l'indé et le grand public (comme au hasard… Adèle, appréciée autant chez Télérama que chez Pitchfork) n'est plus à l'ordre du jour, Lana est signée chez Interscope, "Born To Die" sera un blockbuster sinon rien.  Tout en attaquant une promo prématurée (le désastre du Saturday Night Live), un château de merde est en train de se bâtir autour d'elle et toute dénuée d'initiatives qu'elle est – encore marquée à vif par Lizzy Grant et ses difficultés à entretenir la fréquentation de son MySpace – Dame Del Rey absorbe les "bons conseils" environnants convaincue de ne plus avoir à prendre de décisions sur sa propre carrière.

 


 

Résultat : Born To Die est un album poseur et stéréotypé comme une blague sur les blondes. Ce qui aurait pu être un recueil de citations élégantes des 90's s'avère être un revival daté et périmé. Des 60's, Lana que conserve que la garde robe et la voix. Pour le reste, ses producteurs poussent Lana dans un bourbier trip-hop où les débuts de Massive Attack, le pire de Portishead et… osons le dire une atmosphère semi-mongoloïde à la Morcheeba côtoient les productions outrancières des consoeurs Spears ou Rihanna.

 

"Born To Die" nous le montre : c'est pas si facile d'être une femme libérée. Sous contrôle total de son management, que ce serait-il passé si Lana avait atterri entre de bonnes mains? Si nous n'avions pas laissé Lana Del Rey planquée derrière ses lèvres et son brushing, peut-être aurions-nous pu avoir une nouvelle Adèle? Ha non, Adèle chante juste.  En même temps Mick Jagger a passé sa carrière à chanter faux et quelle carrière…

 

Bref, tous les Video Games du monde ne sauveront pas "Born To Die". Lana Del Rey aurait pu être une icône, à la place elle ne dépasse le stade de la Spice Girls sur le retour.