Si l'Australie est réputée pour bon nombre de choses (que nous n'énumérerons pas ici) l'électronique de bon aloi n'a jamais été une spécialité locale. C'était vrai avant Canyons. "Keep Your Dreams" est un premier album qui ne surfe sur aucune vague (fait rare pour des Australiens) mais qui prend le tube à bras le corps.  

 

Au même titre que les marins du temps jadis, DFA Records ont engendré sans le savoir une progéniture worldwide. Parmi eux, le duo de Perth, Canyons dont la filiation se remarquait comme le nez au milieu de la figure. Rien d'étonnant, donc, à ce que le premier maxi de Leo Thomson and Ryan Grieve apparut sur le label de James Murphy en 2009. Mais tout ça n'était finalement qu' un courtois repas de famille avec leurs parents spirituels.


Canyons – Keep Your Dreams by modularpeople

 

Deux ans se sont écoulés, mon beau-frère s'est remarié et "kikou, qui revoilou" chez Modular? Ces deux beaux jeunes gens (bien que mal peignés) que sont Léo et Ryan, accompagnés de leur premier long format. Et en deux ans, Canyons est devenu bien plus profond et accidenté qu'autrefois. Animés par le désir de rompre avec le format "taille unique" de la dance contemporaine, les Canyons ont confectionné un repas de fête, buffet à volonté de la chienlit mainstream des années 80. Si ça n'éveille pas l'appétit, force est de constater que c'est bien cuisiné. Novo-disco où les saxos interviennent tels des hyènes en ruts, early house patraque, disco d'aliénés, expérimentale de chambre à coucher, retro-vision du futur en collage ou encore soft-rock minaudant… Si l'amour pour la kitscherie 80's traverse Keep Your Dreams en filigrane, cela n'entache en rien le savoir-recevoir de la Baronne de Canyons.  

 

Canyons ne ressuscite pas la bête mais la réincarne en une matière aussi peu noble que toujours bien assumée. S'il n'y a pas toujours de quoi faire une montagne de Canyons, le point de vue mérite néanmoins amplement le détour. Vous voulez du gimmick? De la phrase choc? Keep Your Dreams est beau comme un Canyons.