En France on n'a pas de pétrole mais… on n'a pas de pop non plus. J'entends la noble, la sophistiquée, celle que pratiquaient nos aïeuls il y a bien des lunes de cela. Et pourtant. C'est à l'instant où vous vous persuadez que la pop d'en France est un poumon de plus en plus cramé qu'un souffle nouveau lui tonifie les bronches. Racé comme une Charolaise, le premier album de The Agency offre à la France, madame, la pop qu'elle mérite.  

Au pays de M, Benjamin Biolay ou plus récemment François & the Atlas Mountain , la Pop (nous l'écrirons avec une majuscule) ne s'échine que trop souvent à dessiner des caricatures en tailles réduites de ses aïeuls ou cousins d'Outre-Atlantique. Si en leurs temps Tricatel ou (dans une moindre mesure) Record Makers avaient démontré que nous parlons aussi bien la Pop que les anglo-saxons, l'électrocardiogramme dégringola comme un Bobsleigh en moins d'une décennie.   

Quelques gestes de premier secours, du bouche-à-bouche, puis The Agency ponctua le sauvetage d'un massage cardiaque. C'est vrai qu'à première écoute de Somnographe il ne saute pas aux oreilles que les Parisiens puissent être des sauveteurs en maillots de bains rouges d'une Pop en train de se noyer. Comme certains détraqués trouvent leur bonheur à la sortie des maternelles, The Agency, quant à lui, y trouva sa Pop. D'une naïveté enfantine déconcertante et d'une culture qu'on ne se fait pas en feuilletant Wikipédia, L'Agence est à la fois le petit génie du premier rang et le gamin distrait du fond regardant par la fenêtre. Mais The Agency, c'est aussi une petite PME de trois intellos précaires trustant un marché de la Pop nationale, délabré comme une bourgade post-bombardement, avec Somnographe, premier album et surtoutmonopole de bon goût et de savoir-recevoir son auditeur à la Française.


Bumpers by The Agency


Nous pourrions simplifier le schéma en racontant que The Agency c'est complet comme du Grizzly Bear, complexe comme du Animal Collective et décomplexé comme du Of Montréal mais nous oublierions de vous préciser que c'est aussi un extrait de mon rêve de l'avant-veille où Brian Wilson jouait dans un tableau de Dali (oui, je fais des rêves excessivement classes parce que je suis un individu en quête de volupté perpétuelle et la nuit, de temps à autres, mon cerveau m'en remercie). Et si vous voulez du gimmick ou de la phrase choc, résumons les choses ainsi : The Agency sont les Village People du Surréalisme. 

La Pop de The Agency est aussi roturière que sophistiquée. Elle est cette poule de luxe qui doit s'offrir à tous mais que seuls certains ont les moyens d'appréhender. The Agency arrange comme on cache des oeufs (Fabergé) de Pâques offrant la possibilité d'une délicate surprise si vous avez la curiosité de la chercher. Somnographe est excessivement riche, un tel trésor qu'on ne sait plus vraiment comment le dépenser, mon Capitaine. Et c'est peut-être ça le seul problème chez The Agency : être opulent là ou tous les autres ont fait vœu de pauvreté.