Les jeunes d'aujourd'hui ne savent plus faire de belles chansons. Un constat à l’amiable avec une génération dont Alan Palomo est le parfait stigmate – plus laborantin de la pop que cuisinier – et qui, avec son deuxième album, offre ses salutations distinguées à la chillwave pour brouiller les cartes d’un jeu qu’il ne maitrise pas encore très bien.   

A une heure où la pop devient un open bar d’arrangements, le soin apporté à la mélodie finit par devenir une coutume archaïque que les anciens pratiquaient, il y a bien des lunes de cela. Neon Indian n’échappe pas à son époque, et si, la plupart du temps, il harmonisait comme une serpillère sur son premier LP de chillwave droguée, c’est bel et bien sa science de la production qui donnait du sens à ses titres.


 

Mais Alan a pris conscience de sa geekitude et l’a d’ailleurs tournée en dérision durant toute la promo de l’album, vantant les mérites du “PAL198X”, une sorte de microprocesseur (ou plutôt instrument de torture du son) dont il est l’heureux géniteur et avec lequel il a enregistré ce second LP. Mais sa blouse devenant camisole, Neon Indian a lâché ses éprouvettes et s’est mis en tête d’offrir une forme plus confortable pour l’esprit humain sur Era Extrana.


Histoire de se rafraîchir les idées, Alan Palomo a composé cet album en Finlande. Un choc thermique quelque peu abrupte pour lui, le natif du Mexique, se retrouvant seul dans un pays où le soleil peut ne pas apparaitre pendant des semaines. Era Extrana relate cette période où Alan eu la doudoune maussade, aurait pu (du?) sombrer dans la vodka locale mais s’est finalement servi de son album comme catharsis. Résultat, dans le nuage de production, on distingue désormais la silhouette d’un blues de l’ère informatique. Fruit de l’isolement et processus créatif comparable au dernier M83, Palomo s’est réfugié dans l’enfant des 80’s qu’il fût, la VHS, les séries d’époque, véritables Madeleine de Proust donnant toute la saveur d’Era Extrana.

Bien qu’étant l’oeuvre d’un fétichiste de la production, Era Extrana reste néanmoins le fruit d’une épopée suffisamment déboussolante pour qu’Alan s’y soit investi émotionnellement. Toujours amateur de matières abstraites, toujours geek, toujours bleep, Neon Indian s’est cependant libéré des chaines du tout-production pour commencer une nouvelle vie de songwritter. Neon Indian vient de changer d’ampoule et ne devrait pas tarder à briller.