En trois albums, Joakim Bouaziz a été tour-à-tour un des producteurs les plus intéressant des 00's Françaises ("Monsters & Silly Songs") et l'auteur d'un nervous breakdown informe et post-arty ("Milky Ways"). Si – faute de succès commercial (et même d'estime) – on a cru entendre la pointeuse sonner pour Joakim, "Nothing Gold" montre un auteur qui est loin d'avoir tout dit, dopé par le manque de reconnaissance.

Au pays de David Guetta, Joakim a souvent été considéré comme le chainon manquant entre le producteur à la française et le son DFA. Si on retrouve volontiers deux/trois chromosomes communs, Joakim Bouaziz a moins été la traduction parisienne de James Murphy qu'un des porte-drapeaux du savoir-faire Versatile reflété dans une poignée d'yeux que plus rien n'impressionne.

No Pain, No Gain. Joakim est un artiste entier, et si, de nos jours, il faut des burnes pour prendre des risques dans le game musical, M.Bouaziz en a eu comme des melons. Sur un plan purement financier, d’abord, puisque la légende voudrait que Joakim ait vendu une bonne partie de ses biens afin d’acquérir son studio et monter Tigersushi. Artistiquement ensuite, Joakim a pondu Milky Ways, œuvre tellement chaotique que ce deuxième album aurait pu se transformer en second, sans suite. Souvent mal jaugé, Milky Ways était finalement une crise d'adolescence. Joakim avait besoin de ce LP pour éclater les schémas, se frotter aux frontières et finalement définir une identité propre. Nothing Gold, quant à lui, est l'album de la reconstruction. 

Joakim – Forever Young by Tigersushi Records

Un vieux poncif veut que les artistes devenus heureux n'aient plus rien à dire. On ne connait pas l'état de santé moral de Joakim mais ce quatrième album est surement le plus bavard et, à voir fulminer son spleen en cage, le plus captivant sur la longueur. Nettement plus assumées, aujourd'hui ses références sont passées à la loupe. Il y a du Moroder (évidemment), du Roxy Music (évidemment) et du LCD Soundsystem (on n'y échappera pas) : une déprime team du meilleur aloi comme mentors esthétiques. Bien qu'officiellement Nothing Gold soit une "galerie de portraits fictifs aux comportements hors-norme et aux visions déviantes", c'est la lucidité nouvelle de Joakim face à son environnement qui constitue la trame de fond de cet album. Prenons, par exemple, Forever Young, le fantastique single, parfait stigmate de l'état d'esprit de Joakim. En plantant un thermomètre dedans, on obtient la température globale d'un album où règne une résignation à accepter une certaine médiocrité de l'existence. Si on ne se méfiait pas, on verrait même en Joakim un Houellebecq de l'électro à tel point Nothing Gold pourrait être son Extension Du Domaine De La Lutte.

Dans Nothing Gold, il y a une grisaille qui embrume sa plume : ici, plus rien ne brille. Joakim fait corps avec sa musique désormais, même dans ses harmonies faussées et fermement nonchalantes il y a une colère retenue, comme une larme qui ne coule pas. Donc, la boucle à facéties, c'est fini. Joakim est revenu à une forme plus straight, plus codifiée, pour exprimer son blues, mais tout en conservant son swag. Nothing Gold c'est un auteur voulant s'adonner au genre (pour la première fois) comme Lynch tournerait un Western. Pas un chef-d’œuvre, pas toujours reluisant dans ses recoins, Nothing Gold détient néanmoins un taux de pépites supérieur à la normale.