Parmi les cinq piliers du hip hop, le Wu Tang demeure un des plus solides. De retour en 2011, par une porte tellement petite qu'on ne les a pas vu rentrer, l'équipage du NYC antique revient timidement la queue entre les jambes et un bouquet de fleurs à la main en nous chantant "Je n'ai pas changé". Leur sixième album "Legendary Weapon" nous le prouve : le Wu Tang est un monument antique inscrit au patrimoine du game actuel. Et c'est tout le problème.

Accordons-nous une minute nostalgie. Souvenez-vous de l'époque où aller au collège (ou sécher en fonction de votre scolarité) avec un W imprimé sur le sweat représentait quelque-chose. Le Wu-Tang était un vrai repère, une boussole. Mais en musique on se bonifie rarement, aujourd'hui le Wu n'est plus qu'un vestige de son passé aux allures de mammouth anachronique.

Wu-Tang emmerde l'autotune, snob le dirty south, et restera East Coast jusqu'à la tombe. Les vieilles personnes sont butées mais dans le cas présent ça peut avoir du bon. Dès les premières secondes et l'extrait de shaolin movies, on devine que le Wu-Tang s'en tiendra à sa ligne de conduite. La production (à l'exécutif) de l'ensemble est assuré par RZA, Ghostface a toujours cette verve indétrônable, tout le monde est parfaitement à sa place mais… Le Wu-Tang prend la poussière.

 
Wu Tang – Legendary Weapons by Pedestrian.TV


 

Pas tout à fait une suite à 8 Diagrams, pas vraiment un album du crew à part entière (on remarque d'ailleurs l'absence du "clan" sur la pochette GZA et Masta Killa étant absent) mais pas une compilation de B-Sides, remix ou autres inédits puisque tout est frais dedans, Legendary Weapon est difficilement situable dans la discographie du Wu. Finalement ce (à priori) sixième album studio ressemble cruellement à une tentative de prouver que le hip hop à tonton fonctionne encore aujourd'hui. Mais le hip hop 90's avait un sens dans les 90's parce qu'il était le fruit de son époque. On peut toujours le réécouter avec nostalgie, comme on regarderait des photos jaunies du bon vieux temps, en se disant que le rap c'était mieux avant, mais se cristalliser dans le passé de la sorte crée un revival qui dépareille avec l'époque.  

Assez peu inspiré, radotant les mêmes productions depuis des lustres on s'interroge sur l'intention de ce nouvel album. Chacun connaissant un succès individuel indéniable, on ne doute pas de leur sincérité et, par ailleurs, on voit assez mal le Wu-Tang cachetonner. Les featurings, aussi prestigieux soient-ils (Sean Price, M.O.P., AZ, Action Bronson, Roc Marciano ou Termanology) et les rares titres sortant du lot (Legendary Weapon, le morceau titre : un sample de flute, une basse fat et un Ghostface belliqueux font le boulot), ne sauvent pas l'ensemble, les new yorkais vieillissent et leurs réunions n'ont plus tellement de sens. Wu-Tang est un monument magnifique, chargé de souvenirs, que l'on prend toujours plaisir à visiter mais qui, de plus en plus en ruine, finit par jurer dans le paysage hip hop actuel.