Troisième LP et Les Horreurs semblent changer d'obédience comme de slim. Véritable test de Rorschach ambulant, "Skying" est tellement informe et peu pénétrable qu'il en révélerait presque plus sur son auditeur (et ses interprétations) que sur ses auteurs. Analyse du Dr. Sigmund BPM.

Parce que The Horrors c'est trois produits en un. Une girouette qui ne suit jamais vraiment le sens du vent mais qui change de direction à chaque album. En trois albums, The Horrors pourra se targuer de ne jamais avoir été une lessive X, un sous-produit de son époque. Il y a chez eux une volonté de marcher à l'ombre qui les amène à se balader aujourd'hui where the streets have no name. Et je ne crois pas si bien dire.

Déja parce que tout informe qu’il puisse être, “Skying” ressemble à beaucoup de choses sans vraiment être rien de précis. Ensuite, s'il vous prenait la fantaisie de vouloir dresser un arbre généalogique de cet album, vous vous surprendriez à trouver du Echo & The Bunnymen, du Japan, quelques références au Madchester, et même… à U2… Et finalement, The Horrors a rarement aussi bien porté son nom que lorsqu’il cite la bande à Bono. C’est déroutant mais “Skying” ne s’arrête pas en si mauvais chemin. BadOne et son club d’anorexiques ont plus d’un os dans leur sac et déclament avec un certain mauvais goût très chic des grandes lignes du Romantisme contemporain. “Romo Goth” pour les intimes ou scène baggy, d’après ceux qui ont connu l’époque, The Horrors a choisit de se nourrir de la couenne de la pop 80’s : son côté gras et le moins appétissant. Ici, on ne voit que les arbres tomber. Si on s’attelle à voir la forêt pousser, nous remarquerons qu’il s’agit peut-être de couenne, mais qu’elle est servie sur un plateau d’argent. Faire des références à U2 ou citer du Simple Mind dans un krautrock aussi baroque et du shoegaze si céleste, c’est un chanteur d’opéra qui reprend du Florent Pagny : un tour de force dramatique. 

“Skying” n’est pas un coup d’opportunisme et ne voit pas The Horrors retourner sa veste (en jean) du bon côté. Ce troisième LP est, certes, moulé dans du synthétique mais reste grandement burné. Passé l’effet “robinet à eau tiède” – l’inverse du syndrome de Stendhal vous frappant net de frigidité – “Skying” fascine. Du moins étonne. Mais ne laisse pas longtemps dans cet état d’anesthésie générale. Si d’aventure, la déception prime chez l’auditeur, c’est que dans une sculpture de boue, il ne voit que la boue. “Still Life” – nature morte en anglais – ne pouvait pas être un meilleur single pour symboliser l’album : “Skying” est une belle composition faite de fruits pourris.