Après une foire de singles/maxis/EPs et deux B.O – pas piquées des hannetons – Sebastian nous gratifie d’un premier long provoquant des montées de fiel chez les allergiques d'Ed Banger. Pourquoi lui/maintenant? Parce que Sebastian est le freak de la famille, et donc le plus évident à désosser comme une vieille bagnole. “Total” ou le procès d’un bon album qui a eu le malheur d’être survendu. Si “Total” a la gueule d’un film de série Z chic du style "Massacre @ Social Club 2020", ce ne sont guères des ambitions trendy qui le menèrent un jour à s’asseoir au même bureau que Pedro Winter. Sebastian est avant tout un (bon) élève de Maître Oizo, un fan de Prince aux tendances névropathes qui torture le groove jusqu’à la fracture totale de l’ossature. Mais aussi un producteur corporate qui bégaye du Justice, du Breakbot, ou encore du Medhi, devenant un reflet des productions de son label après un coup de marteau dans le miroir. Et au-delà du côté "best-of des pastiches d’Ed Banger", c'est justement la présence du label au travers de lui qui fâche.

Et surtout son label, à vrai dire. Parce qu’à vouloir faire de l’électro "bleu blanc rouge" – le produit chic à exporter comme du pinard (et ça fonctionne déjà) – à être borderline dans la provoc’ (la mise en scène crypto-facho de Sebastian ou remember le clip de "Stress" pour Justice) et à s’offrir des pochettes par Mondino pour que le bouche à oreille se répande comme des poux dans une maternelle, le risque est que les bouches bossent tellement que les oreilles n’entendent pas l’essentiel : "Total". Obsédé du buzz, Ed Banger a failli laisser son poulain sur le carreau. Pourtant, quelques rudiments en marketing suffisent à savoir qu’à trop forcer sur l’image, on finit par faire douter de la qualité intrinsèque d’un produit. Ed Banger n’a pas de Seguela dans sa team et au vu des qualités de Total, en avait-il besoin ?

Parce qu’il est truffé d’intelligence cet album. Bien que Sebastian radote de temps à autre (on recycle ici et là quelques vieux cartons), le bonhomme s’est forgé une empreinte de bête sauvage, à la fois puzzle techno mal assemblé et hip hop de viking, où le disco est passé à tabac (Pedro Winter le qualifie d’ailleurs de "Hooligan Disco"). Réalisée trois semaines après la sortie de l’album, cette chronique accuse le temps de la digestion histoire d’être certain de ne pas avoir uniquement succombé à un coup de foudre. Si l’Histoire (contemporaine) de la musique nous a persuadés que les produits overhypés sont souvent des produits frais à dates de péremption, certains albums sont capables de faire croire aux exceptions. Total est de ceux-ci : un produit Ed Banger durable.

Mathias Deshours pour 90bpm