Guilty Simpson n’est jamais vraiment là où on l’attend. D’ailleurs, on ne l’attendait plus vraiment, featurant (du verbe featurer) à tous les râteliers, sans précipiter la succession d'Ode To The Ghetto. Un premier album où Guilty endossait avec élégance le costume de rappeur tout terrain, chevauchant de sa verve nonchalante les productions les plus sauvages de l’underground hip hop (J Dilla, Oh No, Madlib, Black Milk…).

Finie la réalisation à "douze mains", Guilty ne conserve pour ce second essai que les deux de Madlib (aka Otis Jackson, le OJ du titre). Et à l'instar d'une pièce où le metteur en scène se met plus en avant que ses comédiens, ici, OJ a pris le pas sur Simpson. L'hyperproducteur californien a noyé le rappeur dans un ragout d’interludes et nous fait chercher le MC dans sa botte de sample. Bilan: sur 24 pistes, 12 sont rappées. Un léger problème d’égo vite excusé  tellement l’homme s’avère le tailleur idéal pour habiller sur mesure le flow XXL du punchliner de Détroit.

De l’over-testosteroné "Coroner’s Music" à la "psychotr-hop" ambiance blaxploitation de "Karma Of Kingpin", le producteur offre un terrain de jeu idoine au rappeur, qui, pour l'occasion, a réveillé son flow somnolent d'autrefois, et laissé de côté sa panoplie de gangsta. Toujours dans le jus des Beat Konducta et Medicine Show, Madlib a fait d'OJ Simpson un album de diggers en voulant s'élever au rang d'une armée de producteurs. Il en résulte une oeuvre épaisse comme un strudel: légèrement lourde, à savourer en plusieurs fois pour éviter l’indigestion mais néanmoins savoureuse. Il y a fort à parier qu'OJ Simpson terminera sur les podiums des tops hip hop de 2010.

Par Mathias Deshours pour 90bpm