Nouvel ambassadeur du Brésil moderne, Curumin (prononcez Kou-rou-mine) connaît, avec Japan Pop Show, un accueil unanime tant localement (meilleur album de l’année 2008 selon la presse et les blogs de musique) qu’au-delà de ses frontières, et notamment aux Etats-Unis, où l’album est sorti sous le label Quannum Projects. Les Blackalicious et Lateef the TruthSpeaker y ont donc mis leur grain de sel si caractéristique, en l’occurrence sur un « Kyoto » un peu marge par rapport au reste du tracklisting (et pour cause, puisque le titre date de 2005, à l’époque de The Craft pour lequel Curumin proposait un riddim). Mais comme l’ensemble est coloré d’un mélange bien dosé d’épices toutes plus relevées les unes que les autres, ce gain de sel ne viendra pas vraiment en perturbé le goût général. Japan Pop Show ; Japan, parce que ce petit prodige (chanteur – compositeur – multi-instrumentiste) de São Paulo est d’ascendance sino-espagnole… le plus japonisant des titres (l’unique en fait) est celui d’introduction, éponyme ; Pop, car le fond du principe artistique est de revisiter la Mùsica Popular Brasileira (MPB) et de rester « Popular ». Le point paroxystique dans cette veine est « In the Hot Sun of Christmas Day) ; Show, en raison de l’énergie dégagée par ce Brasileiro en live comme en raison de l’audace sans borne qu’il met dans ses mix d’influences sonores. Pur produit brésilien bercé à une grande variété de types de musique toujours plus ou moins présents dans tous les pans de sa vie (dixit lui-même), la MPB se mâtine d’esprit hip-hop parfois avec des beats pêchus ou la limite de l’électro (et surtout sur le Neptunien « Caixa Preta », avec l’enthousiasmant et intéressant Lucas Santtana et le MC BNegão), se satine ici de soul-samba sur l’excellent titre « Compacto » ou sur l’agréable ballade « Mistério Stereo » qui plaira nécessairement à la gente féminine, se satine là de douceurs funky sur « Mal Estar Card » voire jazz-funk avec « Fumanchu » et peut même se rendre par moment râpeuse avec des titres rock comme « Magrela Fever », moins surprenant (Fans de FIFA ’09, vous connaissez ce titre…). Digne descendant du vent de liberté introduit par le mouvement tropicaliste, Curumin le poursuit vers des horizons plus diversifié, vers la « musique noire américaine des années 70 » (Ben Ratcliff, The New York Times). On le compare ainsi à Tim Maia ou Jorge Ben Jr. Malgré quelques titres plus anecdotiques (par rapport à la bonne facture des autres) comme Sambito qui a surtout pour lui l’accompagnement du skateboarder Tommy Guerrero (souvenirs de 1985 pour les amateurs de old-school), l’ensemble est réellement rafraichissant. Ce sera le méditatif « Dançando No Escuro » avec le rythme afrobeat souterrain de Marku Ribas qui aura accompagné cette chronique en arrière-fond. Du talent à n’en pas douter !

Arnaud Sorel pour 90bpm.com

Tracklisting:

[01] Japan Pop Show
[02] Compacto
[03] Kyoto (Feat. Blackalicious & Lateef the Truthspeaker)
[04] Dancando No Escuro (Feat. Marku Ribas)
[05] Salto Com Joelhada No Vacuo
[06] Magrela Fever
[07] Caixa Preta (Feat. Lucas Santtana & BNegao)
[08] Saida Bangu
[09] Misterio Stereo
[10] Mal Estar Card
[11] Sambito (Totaru Shock)
[12] Esperanca
[13] Fumanchu
[14] In a hot sun of a Christmas day

Curumin – Site