Suite à Place 54, disque d’or certifié, les nantais Hocus Pocus relèvent le défi véritable de l’après-exposition médiatique. Les 16 Pièces de leur dernier album sont animées d’une verve et d’une puissance textuelle et musicale renouvelée qui s’homogénéisent finalement en une pièce… maîtresse, un petit condensé de savoir-faire et de feeling soul jazz hip-hop pointu et abouti. Incontournable !

Est-il besoin encore de présenter Hocus Pocus ? Par acquis de conscience, nous y consacrerons quelques brèves lignes qui prendront leur source au travers de 20Syl, son leader, MC, compositeur et graphiste diplômé des Beaux Arts. Egalement producteur de talent (à qui ont fait appel des artistes comme Diam's, Disiz la Peste, Kohndo, Slum Village, Fabe, Scred Connexion et que l’on retrouve aux manettes de la fameuse compilation Original Bombattak) et quadruple champion du monde de DJs par équipe en tant que membre de C2C (abréviation de Coups2Cross, comprenant les DJs Greem, Atom et Pfel, présents dans les skits du nouvel opus), 20Syl a eu également le talent de savoir s’entourer de musiciens performants, dont DJ Greem, le guitariste au joli brin de voix David Le Deunff, le batteur Ant-1, le bassiste/guitariste Hervé Godard, Mathieu Lelièvre au piano… et désormais une section de trois cuivres (trompette et saxophones). Et si ces noms ne vous disent que peu de chose, individuellement, retenez seulement que Hocus Pocus a incarné, par sa lignée instrumentale (objet de leur comparaison, récurrente mais rapide, avec The Roots), une véritable bouffée d’air frais dans le hip-hop français, récompensée d’ailleurs par une nomination aux Victoires de la Musique, en 2008, dans la catégorie Album de Musiques Urbaines de l’année.

Mais laissons au passé sa gloire pour nous pencher sur les 16 pièces de ce nouvel opus. Pour en comprendre l’essence, nous filerons la métaphore du graphisme de sa pochette. Le tangram est un jeu chinois ancien initialement composé de sept pièces. En élargissant le nombre de pièces, ce ne sont pas seulement les possibilités de figures réalisables qui augmentent, c’est aussi l’affirmation de libertés prises par rapport aux règles classiques tout en en respectant les fondements logiques. Autrement dit, musicalement, point de rupture mais un perfectionnement et une diversité accrue des techniques. Et en effet, que ce soit au niveau du deejaying et des scratchs comme à celui du flow et de ses changements rythmiques, cet album est certainement le plus abouti des opus que Hocus Pocus a pu nous présenter. Pour vous en convaincre, il n’y a qu’à écouter les titres « Le Majeur qui me démange », « WO:OO », ou « Papa ? ». De même, les compositions se sont enrichies non seulement au niveau des ambiances – lorgnant tantôt du côté de l’afrobeat sur « J’voudrais savoir », tantôt vers la vibe jazzy comme sur « Signes des Temps » (tous deux avec la participation de Stro The 89th Key, l’ancien Procussions) ou encore carrément soul, avec des titres comme « Beautiful Losers » sur lequel nous reviendrons – mais également au niveau des breaks comme sur le soulful et réussi hymne au hip-hop, « Portrait » (avec la talentueuse et splendide chanteuse Elodie Rama), certainement un de mes titres préférés.

D’autre part, pour poursuivre la métaphore filée, le tangram est à la fois casse-tête et matériel d’évaluation de la flexibilité (par le nombre des thèmes abordables), de la fluidité (par le nombre de figures imaginables) et l’originalité créatives. Concrètement, cela se traduit littéralement d’abord au travers des textes ciselés de 20Syl, décalés dans la manière d’aborder des thèmes aussi variés que les logiques médiatiques sur « 25/06 », la société de consommation sur « Marc » (avec Gwen Delabar), l’industrie du disque sur le très second degré « Putain de Mélodie » ou encore le climat social sur le bien senti « 100 Grammes de Peur »,… Aussi, au vu de ces thèmes, nous percevons sans mal une orientation du groupe vers un hip-hop plus conscient que sur leurs précédents albums et, ce qui ne gâche rien, avec une dextérité qui emporte la conviction. A cet égard, le poétique « Equilibre » (avec le grand Oxmo Puccino) reste de mon point de vue un des titres phare de l’album.

Enfin, nous reviendrons sur deux titres. Le premier est celui qui a été utilisé en teaser de cette sortie : « A Mi-Chemin », mis en lumière principalement en raison du featuring, faisant figure de rêve réalisé, avec Akhenaton, d’IAM – bien entendu – et ici épaulé par Ben L'Oncle Soul que l’on a pu connaître grâce à son titre, très seventies, « Seven Nation Army ». Et, puisque nous l’avions promis précédemment et parce que ce titre devrait être le premier titre qui devrait succéder médiatiquement à « Smile » et « Mr. Tout le Monde », nous mettrons en avant « Beautiful Losers » dont l’efficacité est ici renforcée par la vibe de l’anglaise Alice Russell pour nous livrer un morceau tout simplement puissant et, il est vrai, très radiophonique. Le titre est éponyme au documentaire (2008) de Aaron Rose qui rend hommage au Street Art de Californie, un des plus gros mouvements de ces trente dernières années. Le thème développé s’inspire, selon l’after de la récente interview réalisée auprès de 20syl et David (et disponible sur le site), de cette tendance sociale incarnée par toutes ces vidéos/buzz qui mettent en scène des anonymes ou des « oubliés » dont le ridicule besoin de notoriété est finalement relativement attachant…

Arnaud  Sorel pour 90bpm.com

Tracklisting:

[01] Beautiful Losers (feat. Alice Russel)

[02] 25/06
[03] A Mi-Chemin (feat. Akhenaton & Ben L’Oncle Soul)
[04] Putain de Mélodie 
[05] Papa?
[06] Papa Skit (DJ Atom Mix)
[07] Signes des Temps (feat. Stro the 89th Key)
[08] Equilibre (feat. Oxmo Puccino)
[09] Marc (feat. Gwen Delabar)
[10] Marc Skit (DJ Pfel Mix)
[11] J’Voudrais Savoir (feat. Stro the 89th Key)
[12] WO:OO
[13] Portrait (feat. Elodie Rama)
[14]Portrait Skit (DJ Greem Mix)
[15] Le Majeur qui me Démange
[16] 100 Grammes de Peur 

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