Une suite qui n’en est pas vraiment une. Un album qui fait parfois penser à un bootleg (avec 18 titres répartis sur 44 minutes, qui s’inspirent incontestablement, au niveau des productions, des années 90). Bienvenus dans l’univers aux pistes brouillées de Moka Only. Lowdown Suite 2 : The Box est ainsi très personnel (donc original) mais véhicule l’impression d’un « déjà entendu » pour aboutir à un sentiment mitigé sans pourtant qu’aucun reproche en particulier prenne l’ascendant.
 
Daniel Denton, plus connu sous le nom de Moka Only, pourrait se définir en deux mots: « touche-à-tout prolifique ». Dans une société régie par les catégorisations, cette définition peut paraître peu engageante, mais c’est au contraire exactement ce qui rend ce MC nourri à l’indépendant(isme) si attractif et justifie justement le soutien et le respect que nous pouvons lui apporter. Depuis les freestyles d’adolescent à San Diego avec son comparse Prevail (avec qui il formera, en rencontrant Madchild, le fameux mais R.I.P. Swollen Members), du chemin a été parcouru. Et de citer son MTV Music Award 2007, ses trois Juno Awards consécutifs (2002-2004), ses 26 albums précédents (soit 400.000 disques vendus) et ses nombreuses collaborations avec des artistes majeurs (J-Dilla, MF Doom, Sadat X, LMNO, Buck 65, Aceyalone, Oh No,…) ! Toutefois, la quantité ne remplace pas la qualité, et force est de constater qu’il a souvent été inégal… ce qui est, sans doute, le prix à payer de l’expérimentation, car sa création ne se fonde pas sur un potentiel commercial supposé mais sur une démarche artistique plutôt intègre… et en tous cas nourrie d’indépendant(isme). D’ailleurs, hormis « Do Work », le titre introductif, produit par Chief (du label suisse Feelin' Music), Moka Only exploite sa palette de savoir-faire (producteur-compositeur-rappeur) pour mener de bout en bout le projet.
 
L’ambiance Moka Only, teintée de jazz-soul et de downtempo, est indéniablement soulful, à l’image de De La Soul, A Tribe Called Quest ou Kev Brown. Hors ce dernier, vous pouvez donc de vous-mêmes deviner l’influence 90’s / old school qui anime The Box. On y retrouve donc langoureusement agencés les beats dé-structurés de Jay Dee (et des Slum Village), les samples lo-fi qui créent ces ambiances atmosphériques si particulières et les boucles d’instruments scratchées qui ont fait l’âge d’or du hip-hop… et du label Rawkus. Ajoutez à ceci le flow quelque peu nonchalant de Moka Only, faisant penser à Common Sense, et vous aurez une idée assez proche de l’ambiance générale. Ainsi, point de sons à l’originalité accrocheuse ni, à vrai dire, pas de titre fort ressortant du lot, il s’agit d’un album d’ambiance pour « chiller » ou qui pourrait passer en musique de fond dans un bar ou dans votre salon, d’autant mieux que les sujets ici abordés restent également basiques même si les textes sont plutôt bien rythmés : il s’agit principalement des pensées d’un MC (et ses invités) sur son art, les difficultés (économiques) rencontrées aussi bien que les mantras dont il doit s’affubler pour lutter contre celles-ci. « Do Work » est, à ce dernier égard, la reference: "I'm always pushin' and I'm shovin' and I'm pullin' tryin' to get it to work / No matter how difficult shit can get I figure that I gotta do work." Aussi, je ne vous ferai pas une critique détaillée titre par titre de cet album, ne pointant pour l’instant que « Harly Say (remix) », « Drip Drop » et « Bored » pour leur featuring, respectivement, avec Bootie Brown des californiens The Pharcyde qu’on ne présente plus, la chanteuse suédoise Kissey Asplund à la voix jazz et éthérée, et Psy (binôme de Moka Only au sein de The Nope).
Pourtant, malgré l’ensemble des références qui viennent en tête à l’écoute de l’alum, comme l’indique sa pochette, The Box est un collage personnel, presque une incursion intimiste dans son univers (la brune de la cover est son amie… pour vous dire). Cette boîte voit chacune de ses facettes couverte d’un cœur, symbole évidemment de son amour pour le hip-hop mais aussi de son essence, de ce qui en constitue sa centralité… Et cette boîte à idée est, ne serait-ce qu’en raison de la prolificité de ce touche-à-tout, riche : boom-bap, titres à la limite de l’abstract hip-hop aérien, d’autres inspirés par des percussions latines (« Stained »),… Un fourre-tout qui va puiser dans les remixes, le freestyle, les projets avortés et les gimmicks ou beats issus d’autres artistes, pour ainsi renforcer le coté inorganisé et mitigé de cet album techniquement bien réalisé mais finalement peu novateur…
 
 Arnaud  Sorel pour 90bpm.com
 
Tracklisting:
[01] Do Work
[02] Hardly Say Remix feat. Bootie Brown (of Pharcyde)
[03] Syrup
[04] Lemon
[05] Fried Rice
[06] Stained
[07] Funky Feat. PSY
[08] Drip Drop feat. Kissey Asplund
[09] Boohoo
[10] Clap Yer Feet
[11] Trudgin
[12] Mothballs
[13] Isn’t Over
[14] It’s Lowdown
[15] Bored feat. PSY
[16] Be Alright
[17] Riverside
[18] Rock The Yacht