Après une série d’échecs retentissants en solo, la cinquième roue du carrosse Wu-Tang Clan qui, même au meilleur de sa forme, n’a joué jusqu’ici que les seconds couteaux sulfureux, le dénommé U-God revient avec Dopium, un nouvel album qui remontera un peu sa côte… Mais fidèle à lui-même, si les points gagnants se font sur la ligne, les fautes de goût habituelles sont largement hors-court et nombreuses. Résultat : il ne passe pas les matchs de qualification. Et pour le reste de la chronique, je demanderai à Lionel Chamoulaud de sortir de ce corps…

U-God, ou Lamont Jody Hawkins, est un des membres du Wu-Tang Clan de Staten Island qu’on a pu découvrir dès « Protect Ya Neck »  sur un court bridge ou sur le fameux verset d’introduction de « Da Mystery of Chessboxin' ». Hormis ces honneurs et des apparitions sur les albums de ces derniers, avec pour couplets mémorables comme par exemple ceux des Black Jesus et Winter Warz de Ghostface Killah et Raekwon accompagnés de Masta Killa et Cappadonna sur ce second titre de « Ironman », ou encore des « A Better Tomorrow » et« It’s Yourz » sur Wu-Tang Forever, et plus récemment sur 8 Diagrams, le bad boy originaire de Brooklyn n’a marqué sa carrière solo que d’un album bien accueilli, U-Godz-illa, et de deux échecs unanimes, pour ne pas les citer : Golden Arms Redemption (1999) et Mr. Xcitement (2005). Tel semble être son rythme de croisière, son dosage personnel : un tiers de dope et le reste… fait de descentes qui confinent au bad trip et révèlent notre dépendance inassouvie au hip-hop de qualité.

Entrons donc dans le vif du sujet : La came injectée au début du trip claque comme une montée en puissance ou comme un uppercut de Tyson qui est samplé en introduction et conclusion de « Train Trussle » avec un Ghostface toujours véhément, un flow de U-God impeccable… et un Scotty Wotty, un très proche de GZA à l’origine qui est depuis tombé dans le crack et qui a du coup quelques séquelles au niveau de la scansion, bien que « Stomp da Roach » prouve encore quelques habiletés (recalées après prise ? Son flow saccadé et presque trop appliqué en laisserait la possibilité). Et même si les rimes sont un peu trop appuyées de manière redondante du côté de U-God, GZA vient sauver la mise de ce track qui démontre au passage que les refrains ad lib sur-employés ici sont vraiment agaçants… D’ailleurs, avant de revenir au goût de la dope, je profite de cette assertion sur les refrains pour crier au crime de perce-oreilles pour l’apport de Mike Ladd sur « Lipton » qui se fonde sur un beat pop ultra-classique… et nous laisse un présage de bad trip à venir (la prise de conscience que quand on se drogue [fume du crack, dans le texte originel], on ne sait plus très bien ce qu’on fait… comme le disait AKH – je vous laisse chercher où). Fermons la parenthèse, et revenons à « God is Love » qui constitue une valeur sure puisqu’il se base sur un sample énième du genre pour les Wu et son entourage (je pense à l’excellent Bronze Nazareth). En plus, Cappadonna (ressourcé) et Killah Priest viennent parfaire la team. Il en est un peu de même avec « Coke », substance pour laquelle, en dépit des sanctions qu’elle lui a causé, reste chère (voire charnelle) à U-God. Ça respire la rue, le sombre, le glauque et le vécu. La main forte prêtée par Raekwon et un Slaine valeureux bien qu’anecdotique (de La Coka Nostra) en font un des titres agréables.

Mais la question se pose alors : que vaut-il seul, sans l’aide de la famille ? C’est simple, il y a deux titres sans featuring : « Hips » qu’on hésite à classer entre old-school mal-vieilli ou electro-pop désuette puis, le titre éponyme à l’album, « Dopium », dont le flow simplissime est compensé par l’ambiance psychédélique tendance blaxpoitation créé par le sample utilisé, avec un bémol sur le « Come on » doublé systématiquement sans réflexion sur sa pertinence. Ces deux illustrations mettent en lumière les faits que U-God n’est décidément pas le MC avec le meilleur goût qui soit et ne se démarque pas par une technique impressionnante (au vu de ce qui se fait par ailleurs), ce qui explique sa navigation en eaux tièdes depuis des années. Comme s’il cherchait à le confirmer, nous n’évoquerons qu’à des fins sanitaires la nuisance auditive à éviter sur « Magnum Force » (dont le sample me fait plus penser, au début, au générique des Drôles de Dame, ce qui aurait constitué une variation intéressante sur la virilité si cela avait été fait exprès) et « Rims Pokin’ Out ». Jim Jones, Sheek Louch de The Lox sur le premier puis, le « poulain » de U-God à propos duquel je ne trouve aucune indication, Lethafase sur le deuxième ont beau apporté un autre timbre, les claviers eighties et l’ambiance electro-cracra pop qui s’en dégagent sont insupportables et souffrent de la dextérité mise à l’œuvre sur les remixes proposés en fin d’album (par les italiens electro-punk The Bloody Beetroots©Dim Mak Records, par le français Yuksek et par le canadien Felix Cartal, ici écrit Cartel) même si ces titres électro n’ont rien à faire sur un album estampillé Wu, sauf à parvenir aux cinquante minutes de rigueur… à moins que cela n’annonce un virage électro pour l’avenir de U-God. Enfin, gardons le meilleur pour la fin : « New Classic », avec le sample de la voix de Large Professor (et non en featuring, comme cela est indiqué), porte bien son nom même s’il ne dépasse pas les deux minutes. En effet, très classique mais tellement efficace : un samouraï qui en appelle à sa lignée et aux éléments environnants pour se préparer à la guerre ou voir clair au cœur de la bataille. Je dirais même qu’il représente plus le Wu que l’ersatz d’anthem que « Wu-Tang » voudrait être, car malgré l’apport (syndical) de Method Man, de la voix d’outre-tombe en refrain aux guitares à la Hendrix samplées en boucle, le déjà-entendu prédomine. Des W-ibes sans impact… à l’image des meilleurs titres, alors imaginez le reste !
Arnaud  Sorel pour 90bpm.com
 
Tracklisting:

[01] Train Trussle (ft. Ghostface & Scotty Wotty)
[02] God Is Love (ft. Cappadonna & Killah Priest)
[03] Stomp Da Roach (ft. GZA & Scotty Wotty)
[04] Lipton (ft. Mike Ladd)
[05] Coke (ft. Raekwon & Slaine of La Coka Nostra)
[06] Magnum Force (ft. Jim Jones & Sheek Louch)
[07] Hips
[08] Wu-Tang (ft. Method Man)
[09] Dopium
[10] Rims Pokin Out (ft. Lethaface)
[11] New Classic (ft. Large Professor)
[12] Stomp Da Roach – Bonus Remix by Bloody Beetroots (ft. GZA & Scotty Wotty)
[13] Dopium – Bonus Remix by Yuksek)
[14] Hips – Bonus Remix by Felix Cartel)

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