Java, c’est le quatuor ambassadeur du « rap musette » ! Rennais d’origine mais parigots jusqu’à l’ergot, ils animent avec une gouaille mêlant argot et jeux de mots une ambiance festive et populaire entre la  chanson française et le rap, entre l’humour et le sérieux pour nous délivrer une ritournelle pleine d’esprit… et du bon !
 
Alors que leur premier opus, Hawaï (©Small, 2000) avait surpris et été apprécié par l’originalité d’utilisation de l’accordéon, puisant ainsi dans un folklore franco-français, la java n’était plus vraiment dansée depuis, et incertaine quant à son devenir. Malédiction ? Peut-être… Malédiction d’une catégorisation musicale étroite qui a du mal à accepter une chanson française à la fois intelligente (par ses textes au débit souvent rappé), dansante (issue de la culture contemporaine et groove du groupe) et à l’énergie rock. Pourtant, des Radio Cortex de R.Wan (Erwan Seguillon) aux recherches musicales (sur piano) et participations à des musiques de film de Fixi (François Xavier Bossard, multi-instrumentiste), ils n’ont pas chômé entre temps. Et à vrai dire, cela s’entend sur Maudits Français : il y a eu une véritable maturité et un travail en conséquence sur ce qui fait la force de Java, à savoir le « Folklore » – véritable recette de leur musique – festif, populaire et narquois (contrairement à Safari croisière, plus sombre). « J’me marre », aux accents rock est un hymne à cet état d’esprit animé d’un engagement déclaré et déjà pleinement véhiculé par leurs choix artistiques. Politique mais peu “correct”, Java aborde avec piment aussi bien la chanson réaliste (« On », « Bling Bling », « Mona »), la poésie un brin désenchantée (« L’Amer à Boire », « Paris Musée »), la critique sarcastique de l’égocentrisme féminin (« Moi Je Moi Je »), la fable humoristique (« Tête de Nœud ») ou décalée (par rapport aux idiomes québécois et français, sur « Mots Dits Français ») que des situations, si communes, où l’on se dit que, là, tu aurais mieux fait de fermer « Ta Gueule »…Le tout est orchestré sur des accords d’Eon entraînants auxquels sont réservées des plages instrumentales (« J’Java » et ses guitares de jazz manouche, « Et Ça Repart » et son piano) et savamment mixés à des cuivres ou des violons dans un groove efficace. L’ensemble donne naissance un gavroche – nous remémorant Renaud dans sa jeune période – à la tchatche acerbe et imagée, mi-chantée, mi-parlée qui nous charme par la fraîcheur de son point de vue décalé et sarcastique sur la vie, quand bien même celui-ci se retourne contre son conteur (« Loin »). Cet album est indéniablement à classer d’ores et déjà parmi les incontournables de la chanson française… pour peu que vous la dépoussiérez, en même temps que vous le faites des classements pré-construits, dits « genres », si étroits à l’heure actuelle qu’ils en sont étouffants, « Ouais » !

Arnaud Sorel pour 90bpm.com

Tracklisting (extraits disponibles en cliquant ici)

[01] Intro
[02] J’Me Marre
[03] Folklore
[04] On
[05] Mots Dits Français
[06] Ouais
[07] J’Java
[08] L’Amer à Boire
[09] Moi Je Moi Je
[10] Bling Bling
[11] Et Ça Repart
[12] Ta Gueule
[13] Paris Musée
[14] Tête de Noeud
[15] Mona
[16] Loin

http://www.myspace.com/javathefrenchband

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