Une nouvelle organisation souterraine est sur le point d’être mise à jour. Elle s’étend à travers toute l’Europe et possède des ramifications tentaculaires, ne serait-ce qu’en raison de la personnalité des activistes identifiés. Ils se font appelés les Koalas Desperados et sont sur le point de distiller un esperanto musical qui risque de déstabiliser tant il est immédiatement accessible. Leur philosophie outernationale passe outre le polyglottisme et la diversité des univers musicaux de ses nombreux activistes pour nous délivrer ce manifeste à l’uni-son. Derrière des productions faussement simples se cache une réelle oreille pour saisir le champ de conversation sur lesquels des musiques de différents horizons s’expriment. Ainsi le talent et les spécialités de chacun se complètent dans des combinaisons d’une fraîcheur dynamisante et pour tout dire rassurante pour l’avenir de la création musicale.
 
Les cellules centrales de cette organisation sont identifiées, ainsi que leurs instigateurs : Thilo ‘Teka’ Jacks et Manar El-Abeb respectivement localisés à Köln et Montpellier, des villes stratégiques du point de vue de la diffusion. ‘Teka’ co-fonde le label Rootdown Records, orienté reggae et de très bonne qualité à l’écoute de leur catalogue (dont les célèbres Sly & Robbie). Il en profite pour ramifier le mouvement des Koalas Desperados à travers toute l’Allemagne (Frankfurt, Berlin, Stuttgart) et ce, jusqu’en Suède (avec la présence de Jaqee). Le second, lui, s’occupe de recruter dans sa ville d’accueil, Montpellier, et alentour (en Espagne et au Portugal). Les Koalas Desperados sont formés et ont infiltré toute l’Europe. Et la présence londonienne des Foreign Beggars prouve que le réseau ne cesse de s’étendre.
 
Et ils sont retors ces activistes ! Ils nous séduisent par l’image séduisante du Koala, connu pour son côté nounours attendrissant, espèce protégée, mais comme l’indique la bichromie de leur nom, ces Koalas ont une autre facette: Desperados et rebelles, donc loin des eucalyptus d’Australie et de leurs cousins paresseux et solitaires. Ils nous entrainent sur des rythmiques urbaines positives et dansantes pour mieux nous emmener vers des musiques plus lointaines et moins écoutées (le fado portugais, les musiques cubaines ou catillanes, l’afrobeat,…). Enfin, ils nous présentent des artistes a priori obscurs pour au contraire mieux mettre en lumière leurs talents, déjà révélés à des dimensions plus locales ou plus initiées. Droit et paisible, le Koala se tient dans une ville, dont les immeubles entassés révèlent des perspectives improbables, comme écartés sous l’effet de sa présence centrale, laissant l’horizon se dégager.
 
Et le message passe : « l’ouverture vers d’autres latitudes et la découverte d’ailleurs offrent de nouvelles perspectives qui vous libèreront de votre pessimisme, même sur les sujets les plus sérieux.» que les Koalas Desperados abordent – le message est un peu long mais il y a quinze titres pour l’expliciter… Alors dix-sept fois « oui » pour cet élan, soit autant que de collaborations qui le portent. Et nous parlons bien de collaborations et non de featurings, car aucun morceau n’a été « envoyé par mail » : chacune a été le fruit de rencontres physiques inter-cellules.
 
Mais quels sont donc les agents actifs des Koalas Desperados ? Comme les artistes et les styles de chacun sont nombreux et les entrecroisements multiples, laissez-moi vous présenter en quelques mots (ce qui, j’en suis sûr, n’est pas superfétatoire) la nouvelle scène européenne agissante que les Koalas Desperados nous donnent à découvrir.
En Allemagne, pays d’origine des instigateurs, il y a en premier lieu les artistes Rootdown Records : Maxim est le reggaeman incontestablement le plus connu de l’écurie. A ses côtés, se tiennent Nosliw qui navigue plus entre musique roots et soul et la Suédoise d’origine ougandaise, Jaqee, dont la voix a été une des agréables découvertes de ce projet – elle annonce un album à venir qu’il faudra surveiller au vu de la qualité du titre « Karma » dont le clip est visible sur son myspace. En second lieu, il y a les ramifications de Köln avec l’excellente rappeuse Akua Naru, de Frankfurt, en la présence de D-Flame, incontournable sur la scène hip hop allemande, de Berlin, grâce à Paco Mendoza (mi-péruvien, mi-paraguayen né en Argentine) et son latin-reggae aux échos hip-hop et de Stuttgart, par la voix de la chanteuse de bossa nova d’origine espagnole, Laura Lopez Castro.
En France, le réseau semble délimiter à Montpellier, et nous prouve son intense activité. Commençons avec la voix si vibrante de Korbo, le chanteur du groupe montant (à juste titre) de nu-afrobeat, Fanga puis, dans la même lignée, le camerounais Yannick Owona, génie du balafon, chanteur que nous prenons plaisir à redécouvrir (après ses tournées aux côtés de Touré Kunda et Carlos Santana). Tout aussi ouvert sur le monde mais plus rock et acoustique, le sextet Chozpareï apporte son univers « chanson française » sur un titre écrit en allemand… un comble ! Last but not least, le chanteur cubain Hector Gomez Guilbeaux, alias Lhabanero, nous fait l’honneur de ses vocalises latines chauffées au soleil sur trois titres.
Vous êtes déjà assommés d’informations ? C’est que vous, spécifiquement, devez écouter cet album, car cette petite pause dans l’énumération n’avait pour but que de souffler avant de finir la présentation des activistes ici présents : ceux venant d’Espagne et du Portugal. De ce dernier pays, nous noterons l’introduction réussie vers le fado portugais, opérée par A Naïfa (de Lisbonne), et surtout la performance de Bezegol, un DJ de Porto dont la voix rocailleuse de son « Rude Rock Reggae » fait penser par moments à Bounty Killer ; Enfin, la dernière cellule est composée, en Espagne, de  Nubla dont le hip-pop (non, ce n’est pas une faute de frappe) reste anecdotique par rapport aux charismatiques rappeuse Ms Maïko – originaire des Iles Canaries et dont l’album est en préparation – et Dj Tillo, officiant à présent au sein du groupe Orishas, après avoir été élu deux ans de suite meilleur Dj hip hop espagnol et primé deux fois, second au DMC Championship d’Espagne. Le groupe Macaco, quant à lui, constitué de membres originaires du Brésil, du Cameroun, du Vénézuéla… ou de Catalogne, constitue, après Jaqee, la deuxième grande découverte musicale du projet. Leur musique latine et rumba aux accents électro est des plus réjouissantes.
 
Les Koalas Desperados sont donc sur le pied de guerre et entonnent dans une grande variété de langues l’hymne à son dieu : « Mars Up ! Y’all ! » (Pardon…) En avant !
 
Arnaud Sorel pour 90bpm
Tracklisting (en écoute par ici)
[01] Legalize Eucalyptus Intro
[02] Vengo (ft. Paco Mendoza, Akua Naru & Bezegol)
[03] All Night Long (ft. Macaco, Jaqee & Bezegol)
[04] Ele Fanan (ft. Korbo & Laura Lopez Castro)
[05] Keep Marching (ft. Jaqee, Bezegol & Nubla)
[06] Fado Chupao (ft. A Naifa & Laura Lopez Castro)
[07] Tempu (ft. Bezegol & Korbo)
[08] MeVoy (ft. Paco Mendoza, Ms Maïko, Nubla & DJ Tillo)
[09] Emigrante (ft. Lhabanero & D-Flame)
[10] Willst du dabei sein ? (ft. Maxim, Jaqee & Chozparei)
[11] Awu (ft. Yannick Owona & Bezegol)
[12] Security (ft. Jaqee & Nosliw)
[13] Negro (ft. Foreign Beggars, Lhabanero & Korbo)
[14] Lo Que Tienen (ft. Nubla, Ms Maïko, Lhabanero & DJ Tillo)
[15] Koalas All-Stars Outro

Koalas Deperados – Myspace