Depuis 12 ans l'argentine Juana Molina distille une musique aux confluences de la polyphonie et de la grâce, confectionnant des chansons soyeuses aux mélodies en dentelle fine. Avec Un Dia, son cinquième album, elle nous entraine dans l'intimité de vocaux qui se superposent et évoluent en de douces litanies à l'incandescence lumineuse, qui vous attrapent par les tripes et vous retournent subtilement le cerveau. Il y a du Feist dans sa manière transversale de nous raconter des histoires, il y a du Björk dans sa façon de jouer avec les expériences sonores version dénudées à l'extrême, juste la peau sur les os. Un piano désaccordé par-ci, Lo Dejamos, des percussions issues d'une tribu perdue par-là, appuyées par les cordes piquées d'une guitare acoustique aux mouvements en spirale. Juana Molina, dénature l'urbanité pour la rendre à la nature, convoquant l'enfance d'une Leïla à venir fricoter sur les plates bandes de la poésie introspective qui véhicule au plus profond de nous des souvenirs enfouis d'un culture commune, croisement de l'intellect et de l'émotion. Un Dia émerveille les sens, brille par sa légèreté abstraite, déclinant les voix à coups de superpositions rythmiques, échos ravageurs de la polymorphie, bâtissant des ritournelles aux évolutions sinueuses, rivières de pierres précieuses à la densité moelleuse. Un disque touché par la justesse de ton, de fond et de forme, cartographie d'un pays imaginaire tout en cassures, pièges amoureux de la façon de voir et de percevoir, de ressentir et de vivre la passion dans son absolu. Laissez vous prendre et bercer par les fausses pistes qu'elle se prend à dessiner sur des cartes aux reliefs onctueux.

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